Covid-19 : les hôpitaux toujours démunis

28 Octobre 2020

Sur la carte, les points rouges qui signalent les villes où l’épidémie s’emballe sont de plus en plus rapprochés. Dans les médias les scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme sont de plus en plus nombreux. La plupart des hôpitaux sont proches d’une situation d’engorgement. La deuxième vague du Covid-19 est là.

Mais le virus n’est pas la principale cause de la crise sanitaire et de la catastrophe économique et sociale qu’elle révèle. Le principal agent du fléau est l’état du système de santé, et tout particulièrement de l’hôpital. Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne, Essonne, mais aussi Vaucluse, Ardèche, Hautes-Alpes… On ne peut tous les citer, car la liste est trop longue des départements où la quasi-totalité des lits de réanimation sont occupés. C’est au point que, déjà, des malades doivent être transportés dans d’autres départements, d’autres régions, et que des interventions programmées pour d’autres pathologies doivent étre annulées.

Mais ce n’est pas tant le nombre de malades nécessitant une réanimation qui est particulièrement important, que le nombre de lits qui est dramatiquement bas. Ainsi, si dans les hôpitaux publics de Marseille, dimanche 25 octobre, il ne restait que neuf lits disponibles, ce n’est pas que des centaines de malades frappaient aux portes des services, mais qu’il n’y a, en tout et pour tout, que 63 lits de réanimation ! 5 800 lits de réanimation à l’échelle de tout le pays, c’est à peine ce qu’il faut pour faire face aux pathologies habituelles, celles qui reviennent chaque année. Alors, quand un nouveau virus arrive…

Les leçons de la première vague du Covid-19 n’ont rien changé. Il n’y a pas de lits supplémentaires et il n’y a pas plus d’agents hospitaliers indispensables pour les faire fonctionner. Les responsables répondent qu’en six mois, le laps de temps écoulé depuis la première vague, il n’est pas possible de former des médecins et des infirmières. Mais tout le personnel non médical qui manque, et accroît d’autant le travail des hospitaliers, aurait pu être formé et embauché : des brancardiers, des aides-soignantes, des administratifs, tous ceux qui seraient particulièrement utiles pour recevoir les malades, les conduire sur leur brancard, faire les lits, être auprès d’eux, noter, aider les familles dans les tâches administratives...

Rien de cela n’a été fait. Macron a même eu l’indécence de déclarer, le 7 octobre, lors d’une visite à l’hôpital Rothschild où le personnel n’en peut plus : « On ne va pas créer des postes et des lits parce que le Covid est là, c’est impossible. (…) Ce n’est pas une question de moyens, c’est une question d’organisation. » C’est dit : il n’est pas là pour répondre aux besoins de la population. Au personnel de se débrouiller avec ce qu’il a.

Ce ne sont pas seulement les six mois écoulés depuis la première vague, pas plus que le coronavirus apparu à la fin 2019, qui ont réduit l’hôpital à l’état où il est aujourd’hui. Il a fallu des dizaines d’années pour ce faire. Pendant des décennies, tous les gouvernements qui se sont succédé ont choisi de faire de l’hôpital public une structure dont la priorité est d’être financièrement rentable. C’est absurde et irresponsable au regard de la population, de la société, mais c’est la loi du capitalisme.

Sophie GARGAN