Leurs “valeurs républicaines” : quelle égalité ?

21 Octobre 2020

L’assassinat de l’enseignant de Conflans-Sainte-Honorine a suscité, à juste titre, de nombreuses condamnations. Mais pour beaucoup de responsables politiques, largement relayés par les médias, la réprobation se limite à défendre les « valeurs de la république » garantes, à les en croire, de rapports harmonieux au sein de la société.

La Constitution française met en avant, depuis la révolution de 1789, les valeurs de liberté, égalité, fraternité. C’est du moins ce qui est écrit dans le texte et est devenu la devise du pays. Et les intégristes s’attaquent précisément à une des libertés élémentaires qu’il faut défendre, comme toutes celles qui ont été conquises par les travailleurs au cours de siècles de lutte : la liberté d’expression, accompagnée du droit au blasphème.

La république est « frappée en plein cœur, la laïcité est visée, ses valeurs fondamentales sont touchées », a affirmé Castex samedi 17 octobre. Macron, de son côté, a appelé « à faire bloc, à se tenir tous ensemble ». Mais compter sur les dirigeants politiques ou sur les bien-pensants qui se gargarisent de mots pour arrêter la descente de la société vers la barbarie, ce serait illusoire.

Qu’est-ce que cette république qu’ils défendent, remontant même à la troisième du nom, instaurée le 4 septembre 1870 ? Huit mois après sa création, elle envoya son armée écraser les communards qui se battaient pour la justice sociale, et finit lamentablement en portant au pouvoir en juin 1940 le maréchal Pétain, à la botte des nazis. Et si Jules Ferry développa à partir de 1881 l’école primaire, appuyée sur la laïcité, il se faisait en même temps le chantre de la colonisation, accompagnée de massacres et d’asservissement de peuples, et pourtant présentée aux écoliers, entre autres, comme une œuvre de civilisation.

La réalité de la république que défendent les tenants de l’ordre établi n’a rien à voir avec ce qui figure dans sa devise. L’égalité ne peut exister dans une société où les capitalistes possèdent un pouvoir de décision exclusif sur l’économie et tirent les ficelles au bout desquelles s’agitent les pantins du gouvernement à leurs ordres. Quelle fraternité peut-il y avoir entre ceux qui possèdent les outils de production et ceux qui dépendent de leur bon vouloir pour avoir un emploi et un salaire ? Où se trouve l’égalité entre les possesseurs de yachts, vivant dans des appartements de luxe, et les travailleurs vivant dans les ghettos que sont devenues les cités ouvrières ? Quant à la liberté des jeunes de ces quartiers de poursuivre des études, elle est pratiquement inexistante quand, dès le primaire, les écoles ne disposent ni des moyens ni du personnel nécessaires à leur épanouissement.

Macron, Castex et compagnie ne sont pas avares de grands mots, mais ils n’y croient pas un instant et défendent au contraire un ordre social où les riches et les puissants écrasent les travailleurs et les petites gens.

Marianne LAMIRAL