L’école : un sanctuaire dans une société barbare ?

21 Octobre 2020

Après l’assassinat d’un enseignant qui expliquait la notion de liberté d’expression à ses élèves, Macron, Castex ou encore Blanquer ont promis de renforcer la sécurité aux abords des collèges et lycées à la rentrée.

Comme les motivations de l’assassin sont nées de la contestation d’un cours par un parent au minimum proche de la mouvance islamiste, l’attention s’est focalisée sur les difficultés d’enseigner certaines notions comme le droit au blasphème à l’école, l’égalité des hommes et des femmes, la liberté d’orientation sexuelle…

La religion, les croyances, comme les idées racistes, violentes ou complotistes qui traversent la société, ne restent pas à la porte des établissements scolaires. Des jeunes sont porteurs de ces idéologies, certains affichent leur haine des Noirs, des Juifs, des homosexuels ou celle des mécréants, comme ils disent. D’autres s’opposent au contraire à ces préjugés. Les enseignants sont de fait confrontés aux opinions des élèves, voire de leurs parents, et eux-mêmes ne sont pas non plus imperméables à ces courants d’opinion.

Plus la société s’enfonce dans la crise, plus le nombre de conflits qui s’expriment sous une forme ethnique, religieuse ou antioccidentale augmente, et plus ils deviennent violents, plus ces idées réactionnaires et de haine s’enracinent. L’abandon des quartiers populaires par les partis ouvriers, qui apportaient une vision du monde basée sur la lutte des classes et non sur la religion, ou le poids croissant des associations religieuses caritatives ou autres, aux dépens de celles liées au mouvement ouvrier, pèsent sur les consciences alors que parallèlement la bourgeoisie et les valeurs qu’elle charrie, telles que l’individualisme et l’égoïsme, favorisent les idées réactionnaires.

Dans ce contexte, considérer que c’est l’école qui peut à elle seule combattre efficacement les préjugés, les intégrismes religieux ou les idées fascistes est irréaliste. Pour autant, les classes sont des lieux de débat, de confrontation d’opinions, où certains jeunes peuvent découvrir d’autres façons de penser et mettre ainsi en doute les dogmes véhiculés dans leur propre milieu. De nombreux enseignants se font l’écho de la richesse de ces confrontations, malgré leurs difficultés.

Or Macron et ses ministres disent se tenir aux côtés des enseignants, mais ne s’engagent pas pour autant à changer les conditions d’enseignement. Ils ont eux aussi participé à réduire, comme leurs prédécesseurs, les possibilités d’enseigner en petit effectif, le nombre d’heures consacrées à l’apprentissage des matières fondamentales, et même les heures consacrées à l’histoire-géographie ou aux sciences, enseignements qui peuvent donner des bases de raisonnement aux élèves. Ils ont aussi privilégié les économies d’échelle des grands établissements, où les élèves sont plus anonymes.

Une politique inverse ne suffirait certes pas à mettre un coup d’arrêt au fanatisme religieux, à l’influence du racisme, de ­l’ultranationalisme, à contrer les appels au meurtre plus ou moins déguisés venant de différents courants de la société. Elle pourrait cependant aider l’école à donner aux jeunes des outils pour comprendre le monde dans lequel ils vivent. Elle serait une véritable aide aux enseignants, ces travailleurs qui, au sein de la classe ouvrière, sont chargés de transmettre les savoirs nécessaires à une vie en société.

Inès Rabah