Le couvre-feu : une solution ?

21 Octobre 2020

Après semble-t-il de longs débats, le gouvernement a finalement choisi d’instaurer le couvre-feu dès le samedi 17 octobre pour près d’un tiers de la population du pays, environ 20 millions de personnes.

Dans huit métropoles, dont Paris, Marseille et Lyon, les plus grandes villes du pays, il est désormais interdit de circuler entre 21 heures et 6 heures, sauf si on dispose d’une autorisation de sortie.

À l’en croire, cette décision de couvre-feu est la seule raisonnable, ne serait-ce que parce qu’elle permet d’éviter un reconfinement, qui serait impossible à supporter par l’économie française. Les autres gouvernements européens, soucieux d’affronter la concurrence, veulent aussi éviter un reconfinement, à l’exception jusqu’à présent de l’Irlande et en Grande-­Bretagne, du Pays de Galles.

Le choix de se limiter à un couvre-feu nocturne permet de faire que l’économie continue à tourner, tout en étant sans doute une solution globalement supportable pour la population, du moins s’il ne dure pas trop longtemps. Mais ce choix est aussi un pis-­aller car, contrairement à ce qu’affirme Macron, rien ne dit que le couvre-feu sera efficace pour enrayer l’épidémie. Il dit en attendre une baisse des nouveaux cas de contamination, en se basant sur l’exemple de la Mayenne où cet été l’épidémie a été enrayée après la découverte d’un cluster dans un abattoir. Sans aucune mesure de couvre-feu, mais avec une campagne massive de tests, la diffusion du virus a été limitée. Macron cite aussi le couvre-feu instauré en Guyane dès la fin du confinement et durci jusqu’à l’interdiction de sortir après 17 heures. À la mi-­septembre, la Guyane sortait de l’état d’urgence sanitaire. Ces deux exemples dans deux petits départements d’environ 300 000 habitants montrent en effet l’efficacité d’un contrôle médical strict, avec tests et isolement des malades. Mais qu’en sera-t-il à l’échelle de grandes métropoles et de vingt millions d’habitants ?

Pour justifier le couvre-feu, Macron évoque les jeunes qui sortent ensemble le soir et, au-delà, tous ceux qui refusent de respecter les gestes barrières. Mais Santé publique France, dans un communiqué du 19 octobre, s’est dite incapable d’identifier précisément les foyers de contamination. Le ministre des Transports Djebarri, de son côté, affirme que les transports en commun ne représentent que 1 % des foyers de contamination, sans qu’on sache où il a trouvé ce chiffre. Du coup, le même ministre n’est pas gêné de voir des transports bondés juste avant 21 heures et vides immédiatement après, en application du couvre-feu.

Alors le couvre-feu arrêtera-t-il l’épidémie ? On peut en douter. L’urgence serait de mobiliser tous les moyens pour permettre aux hôpitaux d’y faire face. C’est justement ce choix que le gouvernement ne veut pas faire.

Cédric DUVAL