États-Unis : la démocratie des plus riches

21 Octobre 2020

L’élection présidentielle aux États-Unis aura lieu le 3 novembre. En réalité, les opérations de vote ont déjà commencé depuis plusieurs semaines et la participation s’annonce plus importante que lors des élections précédentes.

C’est ce qui semble ressortir du succès du vote anticipé, soit par correspondance soit en se rendant à un bureau de vote, que de plus en plus d’États proposent. En 2016, seuls 136 millions d’électeurs s’étaient rendus aux urnes pour choisir le président, sur 245 millions d’adultes en âge de voter. Une grande partie des travailleurs n’attendent en effet plus rien des politiciens des deux grands partis, républicain et démocrate, qui se disputent le pouvoir. Un obstacle supplémentaire est le fait que traditionnellement le vote a lieu le mardi, un jour travaillé. Le vote anticipé, plus développé cette année, permet aux salariés de participer plus facilement au scrutin.

Autre particularité : ce ne sont pas les électeurs qui désignent directement le président, mais ils élisent un collège électoral où les États ruraux, souvent conservateurs, sont surreprésentés, et presque partout il suffit de remporter la majorité simple pour rafler tous les grands électeurs d’un État. Ainsi ce système électoral avait permis Trump d’être élu en 2016 avec moins de voix que son adversaire démocrate.

C’est ce qui fait craindre aux supporteurs de Biden que son avance régulière dans les sondages nationaux ne soit pas suffisante pour qu’une majorité des grands électeurs le désignent président.

Ce système électoral a comme effet de diminuer le poids des travailleurs, en particulier ceux des grandes villes, où ils sont le plus concentrés et souvent le plus organisés.

Il y a aussi régulièrement des manœuvres politiques pour écarter des listes électorales une partie des classes populaires sous prétexte de lutte contre la fraude. En Géorgie, Brian Kemp, secrétaire d’État responsable des élections, a empêché 1,4 million de personnes de s’inscrire sur ces listes depuis 2012. Des électeurs déjà inscrits ont été rayés lors d’une procédure de contrôle des listes, parfois pour des détails administratifs. Ils n’ont pas pu se réinscrire, ni de nouveaux électeurs s’inscrire, à cause d’une inflation de documents d’identité exigés, ce qui est tout à fait inhabituel dans ce pays où il n’existe pas de carte d’identité nationale.

Les efforts du républicain Kemp n’ont pas été vains, il a remporté de justesse l’élection de 2018 pour être gouverneur de Géorgie. Ailleurs, il suffit parfois de réduire le nombre des bureaux de vote dans les quartiers populaires pour que les files d’attente qui s’y forment soient dissuasives.

Ces manœuvres ne sont pas neutres socialement. Ceux qui ont la vie la plus dure et le moins de temps et d’énergie à consacrer à surmonter ces obstacles administratifs sont écartés des élections. Cela cible la population noire et la classe ouvrière en premier lieu.

Le candidat démocrate Joe Biden, opposé à Donald ­Trump, peut bien critiquer les tentatives des républicains de limiter le droit de vote, il n’a absolument pas l’intention de bouleverser ces règles électorales biaisées qui lui ont permis de siéger trente-sept années durant au Sénat. Dans ce domaine comme dans les autres, avec un style plus rond et plus discret que celui de Trump, Biden représente une autre forme de conservatisme du système politique de la bourgeoisie américaine.

Lucien DÉTROIT