Balladur, Chirac, Sarkozy : entre gens honnêtes

21 Octobre 2020

Le 16 octobre, Nicolas Sarkozy a été inculpé pour association de malfaiteurs. C’est la suite du procès du financement de sa campagne électorale de 2007, pour laquelle l’ex-président aurait été aidé par Kadhafi, le dictateur libyen.

Sarkozy a évidemment protesté de sa bonne foi, de sa parfaite honnêteté, du fait que tous les procès dont on l’a affligé se seraient jusqu’ici dégonflés. Il n’aura fallu que quelques jours pour qu’un autre événement vienne éclairer l’honnêteté des présidents, de ceux qui veulent l’être et des hauts fonctionnaires chargés de la certifier.

Les archives du Conseil constitutionnel pour l’année 1995 viennent en effet d’être rendues publiques. On y a trouvé la confirmation de ce que son président d’alors, Roland Dumas, avait révélé depuis longtemps : les comptes de deux des candidats à l’élection présidentielle de cette année-là, Chirac et Balladur, étaient maquillés comme des voitures volées. Non seulement ils crevaient les plafonds autorisés, mais ils étaient abondés par des versements en liquide se chiffrant en millions de francs, sans origine connue. Ceux de Balladur étaient en outre alimentés par des commissions sur des ventes d’armes. Pour Chirac, le mystère reste entier, et il y a peu de témoins en état de parler.

Les archives font plus que montrer les combines des candidats. Elles expliquent comment et pourquoi l’appareil d’État les a couverts. Dumas et ses collègues ne voulaient pas refuser les comptes de Chirac, élu président, pour ne pas risquer une crise politique. Ils ont donc accepté également ceux de Balladur, pour ne pas créer un précédent et ne pas trop remuer la boue qui menaçait de se répandre. Mais, puisque les comptes sont publiés après avoir été acceptés par le Conseil, il a bien fallu que l’administration les maquille elle-même !

C’est ainsi que le mensonge devient vérité, l’imposture légale, la république insoupçonnable et Chirac président avant d’être célébré, lors de sa mort, comme un grand serviteur de la patrie.

Paul GALOIS