Suisse : vote sur le salaire minimum

14 Octobre 2020

Le 27 septembre, la population du canton de Genève acceptait par votation l’introduction d’un salaire minimum légal à 23 francs suisses de l’heure, soit 4 086 francs (3 805 euros) par mois pour les 41 heures hebdomadaires de la durée légale de travail.

Environ 30 000 travailleurs seraient concernés par cette augmentation, dont deux tiers de travailleuses, principalement dans les secteurs de l’hôtellerie-restauration, du nettoyage, de l’économie domestique, de la coiffure, l’esthétique ou encore le commerce de détail.

Cette nouvelle a fait les titres dans la presse internationale, qui voit là le plus haut salaire minimum du monde (un franc suisse vaut 0,93 euro). Mais relativement au coût de la vie en Suisse et à Genève en particulier, où le loyer d’un petit appartement peut facilement atteindre près de 2 000 francs par mois, sans parler des assurances-maladie représentant un coût mensuel minimum de 300 à 400 francs, si c’est évidemment une amélioration, cela reste un maigre salaire.

Cette victoire de la gauche et des syndicats, avec près de 60 % de « oui », peut s’expliquer notamment par deux facteurs. D’une part, toute l’année 2019 jusqu’en mars de cette année a été marquée par une agitation et des manifestations massives dans le cadre de la grève des femmes, mettant en lumière la précarité de bien des travailleuses. D’autre part, la crise sanitaire a ému l’opinion, levant le voile sur la misère qui existe y compris à Genève, dont ont témoigné les images de files interminables de milliers de travailleurs attendant de recevoir l’aide alimentaire.

Le salaire minimum devrait entrer en vigueur d’ici la fin du mois d’octobre. Encore faut-il que le patronat genevois, qui a combattu la loi avec vigueur, n’oppose pas de résistance. En effet, à Neuchâtel, en 2011, le principe d’un salaire minimum avait été introduit dans la Constitution cantonale en votation, mais le patronat avait attaqué en justice la loi d’application décidée par le Parlement en 2014, au prétexte d’une violation de la liberté d’entreprise. Ce n’est qu’en 2017 qu’il fut débouté par le tribunal fédéral. Ainsi, la procédure à elle seule lui a permis de retarder l’introduction du salaire minimum de plusieurs années, sans même qu’un paiement rétroactif soit décidé pour les travailleurs !

L’application effective de la loi est l’autre problème. Sans contrôles et sans sanctions dissuasives, le patronat pourrait tout aussi bien s’asseoir dessus. Après tout, c’est ce qu’il fait avec la « loi sur l’égalité », qui consacre l’égalité des salaires des hommes et des femmes… mais qui n’empêche pas que les femmes soient payées en moyenne 20 % de moins que les hommes. Comme l’indiquait à juste titre dans les médias un militant du syndicat du nettoyage et du commerce, « tout dépendra de la mobilisation des travailleurs. »

Correspondant LO