Manifestations : cachez ces mécontents…

30 Septembre 2020

Sous le titre « Manifestants criminalisés, comment les autorités françaises s’attaquent au droit de manifester », l’ONG Amnesty International dénonce dans une enquête la politique répressive de l’État, qui a mené à des milliers d’arrestations et de poursuites abusives depuis le déclenchement du mouvement contestataire des gilets jaunes, fin 2018.

Ainsi, à Narbonne, quatre manifestants ont été l’objet d’une enquête pour outrage à l’encontre de personnes dépositaires de l’autorité publique - c’est-à-dire les gouvernants et la police essentiellement. Leur crime est d’avoir déployé en mai 2019 une banderole « Oui au muguet, non au LBD ».

La France est l’un des rares pays d’Europe où il faut déposer préalablement une demande d’autorisation de manifester auprès des préfectures, qui peuvent refuser. Ainsi des milliers de gens ont écopé d’amendes pour participation à une manifestation interdite : certains n’étaient même pas au courant de l’interdiction, d’autres étaient de simples passants.

Des personnes qui s’apprêtaient à venir manifester ont été arrêtées préventivement, la veille ou le matin même, sur simple soupçon de ce qu’elles auraient pu faire si elles avaient pu rejoindre une manifestation. Des centaines ont été ainsi condamnées pour participation à un groupement en vue de la préparation de violences, parfois simplement parce qu’elles avaient des lunettes pour se protéger des gaz lacrymogènes, ou pour avoir gonflé une baudruche sur les Champs-Élysées à Paris le matin du 14 juillet.

En 2019, une loi interdisant de se masquer le visage (ce qui peut faire sourire aujourd’hui) a été adoptée pour criminaliser ceux qui, craignant de se faire éborgner, se protégeaient des tirs policiers de LBD avec masque, casque et lunettes de protection. Plus de 200 personnes ont été en garde-à-vue en vertu de cette loi et 41 ont été condamnées.

Cet arsenal juridique vient en appui des forces de police qui ont agi souvent brutalement contre les manifestants, sans évidemment jamais être inquiétées par la justice. De novembre 2018 à juillet 2019, ces tentatives du gouvernement pour faire taire une contestation qui l’a surpris par son ampleur ont mené plus de 11 000 manifestants en garde-à-vue.

Cette politique d’intimidation n’empêche pas Macron et son gouvernement d’être détestés, au contraire. Et si les manifestations ont diminué de fréquence et d’ampleur depuis le début de la crise sanitaire, le mécontentement est toujours là, et même de plus en plus fort. Il ne manquera pas d’exploser de nouveau.

Lucien DÉTROIT