Macron et le Liban : arrogance coloniale

30 Septembre 2020

Macron a consacré sa soirée du dimanche 27 septembre à abreuver de ses avertissements, menaces et remarques méprisantes les diverses coteries politico-religieuses qui se partagent le pouvoir au Liban.

Le casque colonial et la garde de spahis en moins, on aurait pu se croire revenu dans les années 1920, lorsque la France exerçait son mandat sur la Syrie et le Liban.

Le président français avait déjà, lors d’un passage à Beyrouth le 1er septembre, sommé les dirigeants libanais de constituer un gouvernement technique, capable de faire face à la crise financière, économique et sociale dont les effets ont été décuplés par l’explosion catastrophique qui a ravagé la ville le 4 août. Il donnait deux semaines aux partis pour constituer ce gouvernement, faute de quoi, disait-il, l’aide internationale ne serait pas distribuée. Le Premier ministre pressenti pour réaliser cette quadrature du cercle ayant renoncé le 26 septembre, Macron a repris la parole pour tancer la classe politique libanaise, l’accuser de trahison et affirmer qu’il a honte de ce manque de résultat… tout en lui fixant un nouveau délai.

Les partis politiques libanais, c’est-à-dire les diverses cliques qui pillent le pays, ont évidemment toutes les peines du monde à s’entendre. Mais qui donc a mis en place le système politique libanais, si ce n’est précisément la France ? Ce système de répartition des tâches politiques et administratives entre les différents clans à la fois familiaux, politiques et religieux, avec les revenus qui en découlent, est un héritage du mandat français.

Quant à Macron, qui veut aujourd’hui se donner l’image d’un homme qui comprend le peuple libanais et son désir d’en finir avec un pouvoir corrompu, il veut surtout profiter de la situation pour garantir la présence de la France dans son ancienne colonie. Il vise en particulier le parti du Hezbollah, accusé d’être celui qui s’oppose à un accord politique, mais qui surtout est vu comme le représentant des intérêts de l’Iran au Liban.

Les banques et les politiciens français ont conservé bien des amitiés, des fonds et de l’influence au Liban. Dans une posture habituelle aux dirigeants français, Macron veut se montrer le protecteur du peuple libanais face à d’autres puissances. Mais ce dernier n’a rien à attendre d’un tel sauveur, dont le ton colonialiste trahit les véritables intentions.

Paul GALOIS