Budget militaire : argent magique en Rafale

30 Septembre 2020

Le projet de budget 2021 de l’armée prévoit une augmentation, malgré la crise, de 1,7 milliard d’euros. Florence Parly, la ministre de la Défense, se glorifie d’un budget record. L’armée sera, selon elle, le premier recruteur de France en 2021 et disposera de 18 milliards supplémentaires comparativement à 2017.

Les hôpitaux et les Ehpad souffraient du manque d’effectif avant même la pandémie du coronavirus. L’éducation continue d’entasser les élèves dans des classes surchargées, au mépris de la pédagogie et aujourd’hui de la sécurité sanitaire. Les réseaux de transport ferroviaires comme routiers sont à bout de souffle. Il y a des craintes sur la fourniture d’électricité pour l’hiver prochain. Des artères vitales de l’économie se sclérosent. Mais c’est l’industrie de la mort qui tire le gros lot de la manne publique. Les soignants qui dénoncent le manque de matériel médical élémentaire seront heureux d’apprendre qu’un montant record de 22 milliards va être « investi » dans la modernisation du matériel militaire. Il sera englouti dans la fabrication de drones, de satellites militaires, de bijoux d’électronique embarquée dans des blindés interconnectés, ou encore dans de nouvelles frégates comme celles qui croisent actuellement au large des côtes turques.

L’argument de Parly, d’un soutien à l’économie et à l’emploi par les commandes militaires, est une ineptie. Seule la création de biens et d’emplois utiles à la population, à sa consommation, développe la richesse d’une société. Au mieux, les joujoux des généraux finissent comme le dernier sous-marin nucléaire français Perle, inutilisable avant d’avoir réellement servi. Au pire, ils sèment la mort et la dévastation.

Pour Florence Parly, il ne s’agit pas uniquement de soutenir les profits de l’industrie militaire. Il s’agit aussi de préparer la population à l’éventualité d’une guerre. Elle le fait en évoquant « un monde de plus en plus dangereux » et « la montée des tensions autour de l’Europe ». Le chef d’état-major de l’armée de terre, exigeant des députés toujours plus de moyens, avait déclaré froidement en septembre dernier : « Il est certain que notre armée n’a pas assez d’épaisseur pour faire face à un conflit majeur doublé d’une crise intérieure d’ampleur. » Ce général a plus eu l’oreille de Macron que la soignante en colère à qui il répondait qu’il n’y a pas d’argent magique. À quoi cela peut-il aboutir ?

Dans les années 1930, la plupart des économies capitalistes en crise, et pas seulement en Allemagne nazie, se sont tournées vers les dépenses militaires. Et, lors de la Deuxième Guerre mondiale, toutes les armes confectionnées, y compris la bombe atomique, ont alors servi : 60 millions de morts, militaires et civils, en sont le sinistre bilan.

Les peuples payent toujours doublement ces dépenses d’armement : une première fois en se saignant pour les financer, la seconde fois en les recevant, comme le disait Prévert, sous forme « d’orage de fer, d’acier, de sang ».

Christian BERNAC