Italie : moins de parlementaires et puis après ?

23 Septembre 2020

Les 20 et 21 septembre, des élections régionales ont eu lieu dans sept des 21 régions italiennes, tandis que toute la Péninsule se prononçait sur un référendum constitutionnel visant à réduire d’un tiers le nombre des parlementaires. Le dirigeant de la Ligue, Salvini, d’extrême droite, espérait faire basculer certaines régions, en particulier la Toscane, l’un des bastions historiques de la gauche.

En effet, parmi les quatre régions encore gouvernées par la gauche qui se rendaient aux urnes, la Toscane, l’une des plus riches et des plus peuplées du pays, pouvait permettre à Salvini de faire oublier l’échec cuisant subi lors de l’élection régionale de février dernier dans la région voisine, l’Emilie-Romagne, semblable sur bien des points à la Toscane, une autre région riche et peuplée et un fief de la gauche depuis des décennies. Mais la déconfiture enregistrée en février par le parti de Salvini s’est reproduite en Toscane. Cette fois encore, malgré la multiplication de meetings de soutien à la jeune candidate de la Ligue, malgré les envolées patriotiques et les discours haineux contre les migrants, la Ligue est parvenue à dépasser les 40 %, mais est restée loin derrière les plus de 48 % du Parti démocrate (PD).

Parmi les quatre régions encore tenues par la gauche où l’on votait cette fois-ci, seules les Marches passent à droite, et c’est un candidat du parti néofasciste Fratelli d’Italia qui l’emporte. La Ligue semble donc marquer le pas, sans que cela signifie pour autant la fin de la progression des idées d’extrême droite. En Vénétie, le gouverneur Luca Zaia, autre dirigeant de la Ligue, a été réélu triomphalement, avec près de 77 % des voix. S’il s’est appuyé sur sa gestion de la crise sanitaire dans l’une des régions les plus touchées par la pandémie, et a parié sur son image d’homme compétent, aux propos moins outrés que ceux de Salvini, et même opposé à lui en ce qui concerne l’Europe, il n’en revendique pas moins d’être antimigrants.

C’est le « oui » qui l’a emporté dans l’autre scrutin, national celui-là, au référendum sur la diminution du nombre de parlementaires. C’était le cheval de bataille du Mouvement 5 étoiles (M5S), le mouvement fondé par l’ex-comique Beppe Grillo, après ses succès électoraux dans la dénonciation des politiciens corrompus et des vieux partis de « voleurs ». Le M5S comptait justement sur ce référendum pour montrer qu’il tient ses promesses, alors que sa participation gouvernementale a sérieusement entamé sa crédibilité de « parti pas comme les autres ». L’effondrement que ses candidats enregistrent aux régionales confirme que le succès du « oui » au référendum ne lui profite pas et ne suffit pas à faire oublier que, pour rester au gouvernement, les ténors du M5S se sont pliés à toutes les contorsions qu’ils dénonçaient chez les vieux politiciens.

Les commentateurs relèvent que c’est dans les quartiers populaires que le « oui » à la diminution du nombre de parlementaires a réalisé ses plus hauts scores. À Scampia, l’un des quartiers les plus pauvres de Naples, le « oui » a recueilli 85,6 % des suffrages, et les pourcentages sont également plus élevés dans les bureaux de vote des quartiers populaires de Rome, de Turin ou de Milan.

Alors que les effets de la crise se font durement sentir dans bien des familles ouvrières, beaucoup ont le sentiment que la caste politicienne, avec ses hauts salaires, sa corruption endémique et son arrogance, est la source des inégalités et des injustices qu’ils subissent. Les dirigeants des partis politiques en sont d’ailleurs tellement conscients que pratiquement tous avaient appelé à voter oui.

La baisse du nombre de députés des deux chambres, de 945 à 600 au total, permettra certes d’économiser quelques millions d’euros chaque année, mais ils ne représentent pas grand-chose par rapport aux sommes que l’État déverse dans les caisses du grand patronat. Et surtout, cette prétendue mesure antiprivilège est l’arbre qui cache la forêt. Car derrière les politiciens, pour corrompus et riches qu’ils soient, les véritables privilégiés, les grands capitalistes, continueront à dicter leurs volontés et à imposer la loi de leurs profits contre les travailleurs. Et les gouvernements, actuels et à venir, qu’ils s’appuient sur des parlements plus sobres ou non, continueront à les exaucer.

C’est au pouvoir de nuisance des maîtres capitalistes de l’économie que la classe ouvrière doit s’attaquer pour défendre son droit à la vie.

Nadia CANTALE