Algérie : le pouvoir veut étouffer toute contestation

23 Septembre 2020

En mars 2020, la pandémie et le confinement mettaient un terme à un an de contestation populaire contre le système politique, venant ainsi au secours d’un pouvoir algérien en quête de légitimité.

Élu fin 2019 par une petite fraction de l’électorat et rejeté par les manifestants, le président Abdel­madjid Tebboune s’était engagé à accroître et améliorer les libertés individuelles, et les conditions de vie des classes populaires. Mais « l’Algérie nouvelle » qu’il prétend construire ressemble décidément trait pour trait à celle de ses prédécesseurs.

Les procès en cours d’anciens ministres et de grands patrons proches de Bouteflika, le président déchu, sont une mise en scène qui ne convainc personne, tout comme le projet de constitution, qui donnera lieu à un référendum le 1er novembre, et qui prétend poser les bases de la démocratie en Algérie. En réalité, Tebboune veut surtout prévenir toute résurgence de la contestation, et tente de liquider les libertés de manifester et de s’exprimer dans l’espace public qu’avait imposées le mouvement de l’an dernier, le Hirak.

En France, les médias ont braqué les projecteurs sur le cas du correspondant de TV5 Monde, Khaled Drareni, condamné à trois ans de prison pour « incitation à un attroupement non armé » après avoir couvert les manifestations du Hirak. Mais bien d’autres arrestations ont lieu chaque semaine. Ainsi le 11 septembre à Oran, une vingtaine de jeunes supporters du MC Oran et un journaliste, qui participaient à une marche dénonçant l’affairisme et la corruption qui règnent dans le sport, ont été arrêtés.

La liberté de la presse n’existe pas. Pour avoir publié un article sur la fortune colossale amassée par les enfants de Gaïd Salah, l’ex chef d’état-major, le journal El Watan s’est vu couper le robinet des publicités publiques. Il n’a pourtant rien d’un journal contestataire et, comme l’ensemble des médias algériens, il fait lui-même peu état des grèves de travailleurs qui éclatent dans le pays avec l’aggravation de la crise économique.

Avec la chute du dinar, l’inflation, les entreprises qui sont à l’arrêt, les classes populaires et les travailleurs subissent de plein fouet les conséquences de l’épidémie liée au coronavirus, qui vient s’ajouter à la crise pétrolière. Les travailleurs du secteur privé et du secteur informel sont parmi les plus touchés. Une enquête du ministère du Travail, réalisée auprès de 3 600 entreprises employant près de 440 171 personnes, révèle qu’aujourd’hui, près de 200 000 travailleurs se retrouvent sans ressources, 50 000 ayant perdu leur emploi et 180 000 n’ayant pas reçu de salaire depuis des mois.

En fait, les aides de l’État destinées aux travailleurs mis au chômage pendant le confinement sont restées dans la poche des patrons. Alors, depuis des mois, des travailleurs luttent contre des licenciements, pour réclamer des primes et exiger le paiement des aides et des salaires non versés. Si certains tombent dans le fatalisme, voire tentent de fuir la misère sur des embarcations de fortune, d’autres, animés par un profond sentiment d’injustice, refusent de faire les frais d’une crise dont ils ne sont pas responsables et tentent de résister aux attaques patronales.

Tebboune obéit aux exigences de tous les privilégiés du régime, grands patrons et officiers supérieurs, mais il sait qu’il n’en a sûrement pas fini avec l’immense remous social qui a secoué le pays depuis février 2019.

Leïla Wahda