Sommet Chine – UE : considérations humanitaires et guerre économique

16 Septembre 2020

Lors d’une rencontre par Internet, lundi 14 septembre, avec la Chine, les dirigeants de l’Union européenne (UE) ont fait « preuve de fermeté », disent-ils. Ils ont dénoncé la répression par l’État chinois de la minorité musulmane ouïgoure et ont exprimé leur soutien aux manifestants de Hong-Kong.

Le président chinois aurait reculé et cédé sur la voie d’un « bon » accord économique pour l’UE. Voilà la fable officielle. En réalité, derrière cette façade, la guerre économique généralisée s’aggrave entre les États-Unis, la Chine et les différents pays qui composent l’UE.

Les dirigeants européens voudraient que la Chine ouvre son marché à leurs investissements, en particulier pour leurs constructeurs automobiles et pour leurs firmes de télécommunication. Ils veulent aussi que les entreprises chinoises limitent leurs exportations d’aluminium, d’acier et de composants de haute technologie. La Chine, elle, veut un accord avec l’UE pour protéger ses exportations et ses investissements en Europe car, très attaquée par le gouvernement américain, elle recherche des alliés.

La guerre commerciale menée par les États-Unis contre la Chine est montée d’un cran cet été, notamment dans le domaine des hautes technologies. Le gouvernement de Donald Trump a interdit à tous les producteurs mondiaux de semi-conducteurs de vendre des puces électroniques au géant des télécoms chinois Huawei sous peine de sactions américaines. Le leader mondial de ces semi-conducteurs, le taïwanais TSMC, qui gravait les puces électroniques pour Huawei, a dû arrêter net la production pour son client chinois, ce qui a totalement coupé Huawei du marché international des semi-conducteurs. Trump a aussi imposé à l’entreprise chinoise possédant l’application de partage de vidéos TikTok, qui a plus de 100 millions d’utilisateurs aux États-Unis, de vendre son activité dans ce pays à une entreprise américaine.

La position de force momentanée de l’UE dans ses négociations avec la Chine est en fait une conséquence de l’agressivité économique du gouvernement américain. Si un accord voit le jour entre l’UE et la Chine, rien ne dit que l’UE s’y tiendra, si les États-Unis l’obligent à les suivre dans leur offensive. Et puis rien ne dit non plus que l’UE soit capable de surmonter ses rivalités internes pour arriver à un tel accord.

En dix ans, la Chine a investi 150 milliards d’euros en Europe, sans accord conclu avec l’UE. Ces investissements ont été faits dans le cadre d’accords bilatéraux avec différents États européens. Notamment, dans le cadre du projet de « nouvelles routes de la soie » qui doit relier par voie ferroviaire et maritime la Chine à l’Europe et à l’Afrique, le gouvernement chinois a réussi à entraîner 17 pays d’Europe centrale et orientale, indépendamment de l’autorité de l’UE. Même la France et l’Allemagne, qui en sont les puissances dominantes, n’ont pas exactement les mêmes intérêts économiques vis-à-vis de la Chine. En tournée des capitales européennes juste avant le sommet UE-Chine, le ministre des Affaires étrangères chinois a été mal reçu en Allemagne et dans plusieurs autres pays du nord de l’Europe économiquement très liés à l’Allemagne. Par contre, en France, d’après la presse, la rencontre s’est très bien déroulée.

Les rivalités entre grandes puissances sont une des raisons du chaos économique. Attisées par la crise, ces rivalités rendent les échanges économiques et les investissements instables et incertains. Cela aggrave en retour la crise économique, constituant un cercle vicieux qui mène la société droit à la catastrophe.

Pierre ROYAN