LVMH – Tiffany : luxueuse rupture

16 Septembre 2020

Le mariage prévu entre l’empire du luxe français LVMH et le joaillier américain Tiffany tombe à l’eau. Le groupe de Bernard Arnault, le capitaliste le plus riche de France et l’un des plus riches au monde, a retiré son offre de rachat.

LVMH avait pourtant fait sa cour en y mettant le prix, proposant une revalorisation de l’action qui portait la valeur de Tiffany à près de 15 milliards d’euros. Et Bernard Arnault y avait même mis les formes, faisant son offre à Tiffany deux jours avant l’inauguration d’une usine Vuitton au Texas où, aux côtés de Trump, il exprimait sa fierté d’être l’un des grands groupes français dont les produits échappaient à la vindicte – et aux taxes – américaine.

Près d’un an après, le 9 septembre, LVMH a annoncé la fin de l’idylle, entraînant la baisse des cours de l’action de Tiffany. Pour faire face à la mauvaise humeur des patrons du joaillier américain et aux poursuites engagées par leur armée d’avocats pour non-respect des termes de l’accord, Bernard Arnault peut compter sur l’État français. Pour justifier sa volte-face, LVMH a pu en effet s’abriter derrière une lettre du ministre des Affaires étrangères, Le Drian, lui demandant de reporter la fusion, « incompatible avec les intérêts de la France du moment ».

Le malheureux Bernard Arnault aurait donc dû renoncer à sa fiancée américaine sur ordre exprès du gouvernement ? La version ne convainc pas tous les commentateurs, certains parlant d’une lettre de complaisance , tandis que d’autres, comme Mediapart, affirment carrément qu’elle a été écrite à la demande de Bernard Arnault, qui voulait renoncer à un rachat devenu moins prometteur.

Le gouvernement, en bon serviteur de la classe capitaliste, ouvre les vannes de milliards de crédits et d’aides à l’ensemble de la bourgeoisie. Mais pour les sommets, dont le multimilliardaire Bernard Arnault fait partie, le service est personnalisé et se fait en direct.

Nadia CANTALE