Fraude aux prestations sociales : haro sur les pauvres

16 Septembre 2020

À la différence de nombreux autres rapports, celui que vient de publier la Cour des comptes n’avalise pas les chiffres fantaisistes qui circulent sur la fraude aux prestations sociales.

Mais cela n’empêche pas ces hauts fonctionnaires de réclamer davantage de contrôles et de répression contre les travailleurs et les chômeurs, considérés a priori comme des fraudeurs.

« Cette enquête ne présente pas d’estimation globale du montant de la fraude aux prestations, les données disponibles ne permettant pas un chiffrage suffisamment fiable », constate la Cour des comptes. Impossible donc d’estimer l’importance de cette fraude, mais près de 4 000 agents sont chargés de lutter contre elle, alors que les salariés qui aident les allocataires sont de moins en moins nombreux.

Ces discours expriment une méfiance instinctive envers les déclarations des petites gens et demandent en conséquence à Pôle emploi, à la Sécurité sociale, aux Allocations familiales de les confronter systématiquement avec les fichiers de l’ensemble des administrations. Les moyens informatiques les plus modernes doivent être mis au service de cette enquête quasi policière pour toute demande d’allocation chômage, d’APL, d’indemnité journalière d’arrêt maladie, de pension de retraite, de minimum vieillesse.

Cette suspicion envers les travailleurs et les pauvres est à comparer avec la bienveillance qui entoure le patronat. Pour ne prendre qu’un exemple récent : l’État a attribué 31 milliards d’euros au financement du chômage partiel, payant ainsi les salariés à la place des patrons. Une enquête a montré que, dans une entreprise sur deux en bénéficiant, les patrons avaient demandé à leurs salariés de continuer à travailler, mais sans que cela leur coûte un centime. Le patronat a le droit de piller en toute légalité l’argent public et, même quand il tire sur la ficelle, la République est bonne fille à son égard.

Jean SANDAY