Alinea : la légalisation de l’escroquerie

16 Septembre 2020

Le tribunal de commerce de Marseille a validé lundi 14 septembre l’offre de reprise d’Alinea par la famille Mulliez, alors qu’elle en était l’ancienne propriétaire.

En effet le 16 mai dernier cette famille richissime, qui possède entre autres Auchan, Leroy-Merlin, Decathlon, avait déposé le bilan de l’enseigne de meubles qui compte 1 857 salariés et 26 magasins à travers la France. D’un tour de passe-passe, elle en récupère aujourd’hui la propriété.

Au passage, 992 salariés sont mis à la porte et près des trois quarts des magasins seront fermés. De plus, 70 millions de dettes vont être effacés et deux fournisseurs vont devoir renoncer à voir leurs factures payées et leurs commandes honorées. Même le plan de licenciements sera payé par l’AGS, association de garantie des salaires, c’est-à-dire les autres entreprises.

En clair, le tribunal vient de permettre à une des plus riches familles françaises de s’enrichir en jetant à la rue les salariés et en volant ses fournisseurs, en toute légalité. Cette escroquerie est permise par l’ordonnance du 20 mai dernier. Jusqu’à présent, quand le propriétaire d’une entreprise la plaçait en faillite, et se déclarait donc dans l’impossibilité de rembourser ses dettes et factures vis-à-vis des salariés, de l’État, des organismes sociaux et de ses fournisseurs, il lui était tout de même impossible d’en reprendre les rênes, une fois l’ardoise effacée. Même la légalité bourgeoise, peu soucieuse des salariés mais censée arbitrer les différends commerciaux et financiers entre capitalistes, l’avait interdit.

Mais, en période de Covid et sous prétexte d’éviter la disparition de petites entreprises, le gouvernement a fait passer une ordonnance qui permet à un capitaliste, quelles que soient sa taille et sa fortune, d’annuler ainsi ses dettes et de garder la propriété de l’entreprise.

C’est une manière de prendre le beurre, l’argent du beurre et de licencier la crémière par-dessus le marché. Les Mulliez n’ont pas hésité un instant à grossir ainsi leur fortune, déjà estimée à 23 milliards d’euros. Pourquoi s’en priver, quand la loi le permet ?

Christian BERNAC