Veolia – Suez : Monopoly aux dépens des travailleurs

09 Septembre 2020

Le 30 août, Veolia a engagé le rachat de Suez, son principal concurrent dans la gestion de l’eau et des déchets, en proposant à Engie de lui racheter les 30 % du capital qu’il détient dans Suez. Dans un deuxième temps, Veolia rachèterait l’ensemble des titres.

La première partie de l’opération coûterait à Veolia 3 milliards d’euros, une somme qu’il prendrait sur sa trésorerie. Pour la deuxième partie, Veolia augmenterait son capital, c’est-à-dire ferait appel aux marchés financiers pour trouver 7 milliards. Les capitalistes ont des milliards en caisse disponibles pour de telles opérations.

Les premiers opposants à cette opération sont les dirigeants de Suez. Cela résulte de leur position de dirigeants et sans doute aussi de la somme jugée trop faible que Veolia a mise sur la table. L’un de leurs arguments est que cette fusion fausserait la concurrence et ferait flamber le prix de l’eau. À cela Veolia répond qu’une fois l’opération faite, il vendra la partie Eau de Suez et ses 11 000 salariés. De part et d’autre, l’argumentation autour de la concurrence est des plus hypocrites. En France, le marché de l’eau est depuis des décennies partagé essentiellement entre trois requins, la troisième entreprise étant la Saur. Au travers de contrats de délégation de service public que leur accordent les municipalités, ces entreprises ont accumulé des fortunes, sachant à coups de lobbying et autres manœuvres se partager le gâteau et imposer aux municipalités et aux usagers les prix les plus élevés, jusqu’à deux fois plus que lorsque l’eau est gérée directement par les municipalités.

L’autre argument des dirigeants de Suez est l’emploi. Ils estiment que 4 000 emplois seraient menacés. Et effectivement, bien que le PDG de Veolia ait affirmé que la fusion serait « sans effet négatif sur l’emploi en France », l’opération prévoit 500 millions d’euros de « synergies opérationnelles », dont 100 millions la première année. Pour réaliser de telles économies, nombre d’emplois risquent de disparaître, à l’étranger, dans les nombreux pays où les deux entreprises opèrent, mais aussi en France, ne serait-ce que dans la sous-traitance à laquelle les deux groupes font largement appel.

Dans la bouche des patrons de Suez, cet argument est tout autant hypocrite et cynique que celui du prix de l’eau. Pour retarder la prise de contrôle par Veolia afin de négocier au mieux leur avenir, voire le prix de vente de Suez, il s’agit pour eux de faire un maximum de bruit. Ils ont reçu pour cela le soutien des syndicats CGT et CFDT de Suez qui ont appelé à un débrayage mardi 8 septembre contre la fusion. Or, si des milliers d’emplois sont certainement menacés par la fusion avec Veolia, et si les travailleurs ont toutes les raisons d’être inquiets et de le manifester, ils n’en ont aucune pour se ranger derrière leur direction, car elle sait aussi bien tailler elle-même dans les effectifs pour satisfaire ses actionnaires. Ainsi, en 2016, Suez avait supprimé 600 emplois dans ses fonctions support. Et il y a un an, en octobre 2019, l’entreprise avait annoncé 3 à 4 milliards de cessions d’actifs, la vente de morceaux de l’entreprise, et un plan d’économies de 1 milliard d’euros en quatre ans, notamment en ne remplaçant pas un certain nombre de départs à la retraite.

Dans cette bataille entre capitalistes, le vainqueur présentera de toute façon l’addition aux travailleurs, afin de satisfaire au mieux les actionnaires. Les travailleurs n’ont pas intérêt à se retrouver derrière l’un ou l’autre des requins en présence, mais à s’unir pour défendre leurs emplois.

Serge BENHAM