Relocalisations : “Prends l’oseille et tire-toi”

09 Septembre 2020

La fermeture des frontières pendant le confinement ayant entraîné des ruptures d’approvisionnement, en particulier dans la pharmacie, le discours général est aux relocalisations.

Sous une forme ou sous une autre, 15 milliards d’euros du plan de relance sont ainsi dédiés selon Macron « à l’innovation et aux relocalisations ».

Le gouvernement invoque la souveraineté nationale et l’indépendance économique du pays pour justifier que l’on produise en France des médicaments ou d’autres marchandises stratégiques. Les industriels, eux, dénoncent « le coût du travail » qui serait trop élevé ici, pour justifier la délocalisation de pans entiers de leurs productions dans des pays pauvres où les salaires sont faibles.

Les capitalistes de la pharmacie, comme Sanofi qui réalise plusieurs milliards de bénéfices par an, font depuis des mois du chantage sur le prix de vente des médicaments. Ils se disent prêts à relocaliser la production des principes actifs de certains médicaments à condition que l’État, via la Sécurité sociale, les autorise à augmenter le prix de vente. Ils ont été entendus puisque Macron a annoncé, le 28 août en visitant un laboratoire pharmaceutique, que les économies demandées par la Sécu aux entreprises du médicament allaient baisser de 300 millions d’euros cette année.

Si les patrons ont du mal à cacher leur joie devant ce Noël à l’automne, ils ne s’engagent ni à relocaliser ni à embaucher. Ainsi Philippe Darmayan, président de l’UIMM, l’organisation patronale de la métallurgie, a déclaré au journal Les Échos : « Les projets de relocalisations ne tiendront que si la compétitivité est au rendez-vous. » Interviewé dans le même journal, Patrick Artus, économiste chez Natixis, est encore plus explicite, prévoyant que la crise va provoquer « des suppressions d’emplois, des baisses de salaires et des délocalisations encore plus massives ». Bien des travailleurs, victimes de plans de licenciements ou subissant un chantage pour signer des accords de performance collective (APC) prévoyant la suppression de jours de RTT ou imposant un allongement du temps de travail, subissent déjà cette aggravation de l’exploitation.

Les directions syndicales qui reprennent à leur compte ces demandes de relocalisations en laissant entendre que celles-ci pourraient être dans l’intérêt commun des patrons et des travailleurs se fourvoient. Comme toujours, le patronat prendra les milliards et continuera de faire ce qu’il voudra. Pour défendre leurs emplois et leur droit à l’existence, les travailleurs devront leur arracher le contrôle des usines et de toute l’économie.

Xavier LACHAU