Rachats et fusions : créer les champions… du parasitisme

09 Septembre 2020

La tentative de rachat de Suez par Veolia pour 10 milliards d’euros n’est pas le seul exemple récent du rachat d’un grand groupe par un autre.

Le constructeur ferroviaire Alstom doit racheter son concurrent canadien, Bombardier, pour 6 milliards d’euros. Et les grands laboratoires pharmaceutiques comme Sanofi et d’autres ont mis la main cet été sur d’importantes entreprises de biotechnologie pour des milliards d’euros.

Cette concentration accrue renforce la position de monopoles de ces géants, ce qui leur permet d’être encore plus puissants, d’imposer leurs choix économiques, de vendre à des prix très élevés ou encore d’obtenir plus facilement ce qu’ils veulent de l’État. Depuis que Suez et Veolia dominent la distribution de l’eau en France, le prix du mètre cube a flambé, pour un service qui ne s’est pas amélioré. Ces deux entreprises ont accumulé des profits faramineux qui leur ont permis de mettre la main sur la distribution de l’eau dans de nombreuses grandes villes du monde entier. Aujourd’hui, la moitié de leur chiffre d’affaires vient de là.

Dans le transport ferroviaire, Alstom et Bombardier se partagent avec deux autres groupes, l’allemand Siemens et le chinois CRRSC, une bonne part du marché mondial. Cela leur permet à eux aussi d’imposer des prix élevés. Avant la crise sanitaire, les carnets de commandes cumulés d’Alstom et de Bombardier totalisaient 73 milliards d’euros. L’arrivée du Covid-19 ayant brutalement mis un frein à ces commandes, l’État est venu à leur rescousse avec l’argent public. 4,7 milliards d’euros du plan de relance ont été destinés à la SNCF, gros client d’Alstom et de Bombardier, qui pourra ainsi payer les trains commandés à ces constructeurs.

Cette accélération des rachats ou fusions entre grands groupes est aussi une manifestation de l’aggravation de la crise. Dans de nombreuses branches les marchés sont saturés et continuent de se réduire. Alors, pour maintenir leurs profits voire pour survivre, ces groupes doivent prendre des parts de marché à leurs concurrents. Et le moyen le plus efficace est de les racheter.

Il s’agit d’opérations purement financières. Des milliards d’euros sont mis en jeu mais aucune valeur n’est créée : pas la moindre usine, pas le moindre laboratoire, pas la moindre infrastructure. La conséquence est même inverse. Des milliers d’emplois sont supprimés et des sites sont vendus ou fermés car les capacités de production sont trop importantes face à ce que le marché peut absorber.

Le gouvernement présente les concentrations comme une bonne chose car elles feraient émerger des champions nationaux capables de devenir des leaders mondiaux dans leur branche. Oui, ces mastodontes dominent des branches entières de l’économie et concentrent des richesses inouïes. Leur chiffre d’affaires équivaut parfois au budget de certains États de pays riches. Mais cette puissance sociale échappe à la collectivité, étant la propriété privée d’une poignée d’individus. Propriété privée d’une poignée d’actionnaires, ces groupes sont le moyen pour cette minorité de s’approprier une part encore plus grande de la richesse sociale produite. Les collectiviser serait le seul moyen de la remettre au service de la population.

Pierre ROYAN