Migrants dans la Manche : les gouvernements français et anglais responsables et complices

09 Septembre 2020

Lundi 7 septembre, 83 migrants ont été interpellés au large de Dunkerque et de Calais alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Angleterre en traversant la Manche sur des bateaux pneumatiques.

Depuis le début de l’année, le nombre de tentatives de traversées de migrants venus d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan ou du Yémen représenterait le double du total de toute l’année précédente. D’après les autorités britanniques, plus de 5 000 migrants auraient réussi à franchir la Manche. Mais ce sont aussi les interceptions qui se sont multipliées, près de 1 200 depuis le 1er janvier. Et c’est sans compter les naufrages, les disparus, comme en témoigne le corps sans vie d’une jeune Soudanaise retrouvée sur la plage de Sangatte le 18 août dernier.

La traversée du détroit du Pas-de-Calais, à peine plus d’une trentaine de kilomètres, peut sembler plus facile pendant l’été, par beau temps et avec une mer plus calme. Mais les coquilles de noix, zodiacs et simples kayaks pour lesquels les migrants ont parfois payé plus de 8 000 euros pour s’embarquer, sont totalement inadaptées à la houle et aux dangers d’une autoroute maritime où défilent chaque jour plus de 600 tankers, cargos et navires de pêche, sans compter les nombreux allers-retours des ferrys.

Les autorités britanniques et françaises font de la surenchère xénophobe à partir du drame que vivent les migrants qui tentent la traversée. La ministre de l’Intérieur britannique, accusant les autorités françaises de laxisme, a fait appel cet été à la Royal Navy pour soutenir les gardes-côtes. Côté français, le ministère de l’Intérieur a demandé 30 millions de livres aux autorités anglaises pour financer des contrôles accrus. Mais dans les faits, comme le prouve la dernière unité commune de police tout récemment créée, les deux États collaborent pour rendre la frontière toujours plus infranchissable aux migrants, qui ne demandent bien souvent qu’à rejoindre leur famille.

Bien des familles de migrants se disent prêtes à rester en France si on leur donne des papiers. Mais c’est souvent cette demande de papiers qui sert de prétexte aux expulsions vers les pays européens par où les migrants ont transité lors de leur arrivée en Europe, la Grèce ou la Roumanie.

Comme l’expliquait un militant d’une association d’aide aux migrants du Kent, « quand une société rejette des gens qui fuient la guerre, cela en dit long sur son état ».

Gilles BOTI