Guadeloupe : des écoles ferment par manque d’eau

09 Septembre 2020

Peu après la rentrée scolaire, plusieurs dizaines d’écoles, de lycées et de collèges de Guadeloupe ont fermé : on en était à 44 le mardi 8 septembre. Plusieurs communes sont touchées : Baie-Mahault, Gosier, Sainte-Anne, Saint-François, les Abymes…

Pour quelques-unes, il s’agit de cas de Covid 19 détectés. Mais, pour la plupart, la fermeture est due aux coupures d’eau. Le vendredi 4 septembre, les travailleurs du SIAEAG (Syndicat intercommunal d’alimentation en eau de Guadeloupe) sont entrés en grève.

La pénurie d’eau n’est certes pas nouvelle, en Guadeloupe. Elle est essentiellement due techniquement aux fuites par centaines dans un réseau pourri, qu’il faudrait changer entièrement. Au lieu de cela, on colle tout au plus des rustines sur les tuyaux, comme sur les roues d’un vélo. L’opérateur majoritaire jusqu’en 2016, la Générale des eaux (Veolia), s’est engraissé pendant des années, sans effectuer les réparations nécessaires à la survie du réseau.

Le SIAEAG, très endetté, va disparaître pour laisser place à un syndicat mixte ouvert. Les 250 salariés sont très inquiets pour leur avenir. Le 28 juillet dernier, ils ont déposé un préavis de grève, avec pour résultat la signature d’un accord par les collectivités rattachées au SIAEAG. Les élus se sont engagés à régler leurs dettes à la structure, de manière à garantir les salaires jusqu’en décembre. Aujourd’hui, ils traînent les pieds. Les travailleurs ne savent pas s’ils seront payés ni si tous conserveront leur emploi.

La grève accentue un manque d’eau qui n’a rien à voir avec les conditions naturelles d’une île que les Caraïbes nommaient Karukera, « île aux belles eaux ».

Travailleurs menacés, élèves à la rue, parents et population exaspérés, conditions d’hygiène et sécurité déplorables pour tous, dans les écoles, les entreprises, les familles… Une mobilisation générale est nécessaire afin de dégager l’argent pour résoudre le problème. La grève des travailleurs n’est pas la responsable des coupures ; elle n’est que la conséquence du vol de l’argent de l’eau par les grosses sociétés comme Veolia et par certains dirigeants locaux, de l’incurie des politiciens qui dirigent les assemblées locales et de l’abandon des services publics par l’État.

Marie-Céline Deshauteurs