Daimler - Mercedes et Continental : guerre économique et lutte de classe

09 Septembre 2020

Fin mars 2020, la direction internationale du groupe Continental, basée à Hanovre, prévenait les quelque 240 000 salariés du groupe qu’ils devaient s’attendre à des sacrifices pires que tout ce qu’ils ont connu jusqu’ici. « L’argent est roi », affirmait-elle, ajoutant qu’il serait nécessaire de garantir la rentabilité et la création maximum de profits du groupe par tous les moyens.

Début juillet, c’était le directeur des relations humaines du groupe Daimler-Mercedes, fort de 360 000 salariés, qui proclamait : « Nous avons des usines dans lesquelles nous avons actuellement beaucoup trop d’employés en fabrication. Cela ne peut plus durer. » Et il annonçait des coupes claires dans les effectifs, arguant de la nécessité, au-delà de la crise actuelle, de restructurer toute l’industrie automobile mondiale.

La concrétisation de l’offensive de ces deux compagnies géantes n’a pas tardé. Fin juillet, Daimler-Mercedes annonçait avoir obtenu du syndicat IG Metall, qui regroupe les salariés de la métallurgie en Allemagne, la signature d’un accord touchant des milliers de salariés du groupe, tous les employés administratifs et tous les salariés occupant des fonctions annexes à la production, comme la logistique. Ceux-ci travailleraient deux heures de moins par semaine avec baisse du salaire à partir du 1er octobre 2020, et la prime de 600 euros qu’ils devaient toucher serait supprimée. En échange de quoi, pendant la durée de cet accord d’un an, le personnel concerné ne serait pas licencié. Mais par ailleurs, selon la presse économique, 20 000 nouvelles suppressions d’emplois seraient envisagées.

Quant à Continental, le PDG Degenhardt a annoncé le 1er septembre 30 000 suppressions d’emplois, dont 13 000 en Allemagne sur 59 000 salariés. L’objectif affiché par le PDG est de « retourner très vite à une croissance des profits ». Il a précisé que toutes les usines dans le monde étaient concernées et pourraient être touchées, en particulier celles « au coût salarial le plus élevé ».

Cette offensive contre les emplois et les salaires, dans les deux groupes, a été enclenchée avant la crise actuelle, en 2019. Avec 10 000 suppressions d’emplois chez Daimler, dont 10 % de tout l’encadrement, Continental, lui, avait déjà annoncé 20 000 suppressions d’emplois. En France, à travers des restructurations déjà réalisées, la moitié des 2 500 emplois des usines de Toulouse-Foix-Boussens sont sur la sellette, car Continental a décidé d’arrêter les fabrications qui ne lui rapportent « que 8 % de rendement de profit ». Et en un an, 12 600 emplois ont déjà été supprimés dans le monde.

Pourtant, les caisses de ces deux géants de l’industrie sont pleines. Daimler, avec un chiffre d’affaires à 173 milliards d’euros, dépasse de 40 % ceux réunis de PSA et Renault et représente la moitié du budget global de l’État français. Le total de sa trésorerie et de ses provisions pour risques atteint 31 milliards d’euros. Et dans le bilan publié en mars 2020, Continental annonçait « 8 milliards de liquidités disponibles » en plus de quoi elle enregistrait « 6 milliards de provisions pour risques ». Elle a donc 14 milliards sous le coude. Ainsi, Continental a puisé dans ses réserves, pour garantir le rendement de ses actions. Son PDG a déclaré qu’il s’agit de garantir l’augmentation des profits dans une période de rétrécissement du marché. C’est donc la guerre aux salariés et la guerre aux concurrents pour accaparer le marché restant.

Ce constat fait, il est vital et urgent pour le monde du travail d’avoir son propre plan de survie. Le syndicat IG Metall prévoit 300 000 licenciements à venir pour les seuls emplois industriels, et tout particulièrement dans l’automobile. En France, des centaines de milliers d’emplois sont sur la sellette dans tous les secteurs et dans toutes les qualifications, précaires ou CDI. Face à la menace qui plane, le monde ouvrier doit rassembler ses forces, s’unifier en mettant en avant les mesures de survie indispensables pour garantir les emplois et les salaires de tous. La garantie des emplois passe par la répartition du travail entre tous, avec l’échelle mobile des heures de travail et surtout la garantie du maintien des salaires quoi qu’il arrive. Il faut aussi imposer le contrôle ouvrier sur les comptes réels des capitalistes, des banques et autres institutions financières, la mise sous contrôle de toute l’économie capitaliste.

Paul SOREL