Surenchère sécuritaire : discours nauséabonds

02 Septembre 2020

Au-delà des faits divers sordides, complaisamment rapportés par les médias, les habitants des quartiers populaires doivent se débrouiller chaque jour avec les conséquences sociales de la crise. L’insécurité, dont se gargarisent politiciens et commentateurs en la présentant faussement comme le seul résultat de l’attitude d’une partie de la jeunesse, s’y banalise.

A l’insécurité de l’emploi et donc du salaire s’ajoutent désormais l’insécurité face à la transmission d’un virus et, de plus en plus, l’inquiétude pour l’avenir des jeunes, le désarroi parfois devant leur attitude, la constatation du fait que les rapports entre personnes deviennent de plus en plus brutaux.

Le ministre de l’Intérieur a tout l’été multiplié les déclarations provocantes sur la question, flattant les policiers et parlant « d’ensauvagement » de la société pour qualifier la jeunesse des banlieues populaires. En cette rentrée, la droite, qui se cherche un candidat pour l’élection présidentielle de 2022, n’a pas voulu être en reste. Pour attirer le regard des médias et les faveurs des militants, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau et autres candidats à la candidature utilisent une seule recette : faire des discours tonitruants sur l’insécurité, dénoncer l’inaction du gouvernement en la matière, ajouter l’inévitable louche de discours xénophobe et antimusulman. Et de promettre plus de policiers, plus de répression, plus d’expulsions d’étrangers.

Intarissable sur les faits divers, la droite n’a rien à dire sur les questions économiques, sociales ou sanitaires. Et pour cause, elle est absolument d’accord avec la politique propatronale menée par le gouvernement, une politique semblable à la sienne lorsqu’elle était aux affaires et qu’elle se propose de poursuivre si jamais elle y revient. C’est pourtant cette politique qui est la cause principale de la dégradation sociale, dont la délinquance et l’insécurité sont les conséquences. Car qui d’autre que l’État, en la personne de ses serviteurs successifs, a laissé se développer le chômage de masse, réduit les budgets sociaux, délaissé les services publics ? Et qui d’autre que les politiciens, et au-dessus d’eux les grands patrons, a donné l’exemple de l’individualisme, du mépris des faibles, du comportement de clique et de la veulerie devant les puissants qui caractérisent toutes les mafias ?

Ne voulant ni ne pouvant s’opposer à la pluie de cadeaux offerts au grand patronat, au prix de l’appauvrissement de la classe travailleuse, les ténors de la droite, pour tenter de se distinguer de Macron, se rabattent sur la surenchère démagogique, les attaques mille fois répétées contre les immigrés, les musulmans, les étrangers. Et, comme le créneau est déjà occupé par la famille Le Pen et que le gouvernement en exercice ne lésine pas non plus sur la démagogie sécuritaire et xénophobe, ils sont obligés d’en faire des tonnes.

Cette inflation de discours sécuritaires, nourrie depuis des années par la quasi-totalité des politiciens, si elle n’a jamais découragé le moindre délinquant, a largement contribué à empuantir l’atmosphère déjà dégradée par les conséquences de la crise sociale. Les travailleurs, en renouant les liens de la solidarité de classe, en retrouvant le chemin de la lutte, offriront une autre perspective à toute la société et, par là même, feront souffler un air frais.

Paul GALOIS