Martinique : les vrais criminels restent impunis

02 Septembre 2020

Jeudi 27 août, plusieurs centaines de manifestants, dont beaucoup de jeunes, se sont regroupés devant le palais de justice de Fort-de-France, en Martinique. Ils venaient soutenir les jeunes militants anti-chlordécone qui comparaissaient ce jour-là.

Ils répondaient aussi à l’appel du Comité du 13 janvier, regroupant plusieurs groupes et associations nationalistes soutenant les militants antichlordécone. Plusieurs autres organisations, comme la CGTM, Peyi-a, le Palima, le GRS, le PKLS ou Combat ouvrier, avaient également apporté leur soutien aux activistes.

Les trois jeunes prévenus étaient accusés de violences sur personnes dépositaires de l’autorité, outrages à agents ou encore dégradation de véhicules de police. Ces prétendues violences auraient eu lieu le 13 janvier 2020. C’était le jour du procès de sept autres militants, accusés d’avoir participé à des échauffourées suite au boycott de l’hypermarché Océanis, propriété du gros possédant béké Bernard Hayot.

Depuis quelques mois, tous ces jeunes entreprennent des actions spectaculaires de blocage des magasins et supermarchés des riches békés. Ils réclament aux responsables de l’introduction du chlordécone des réparations pour les ravages causés sur l’environnement et la santé de la population par ce pesticide, en particulier la prolifération de cancers de la prostate.

Ce sont également ces jeunes qui ont déboulonné plusieurs statues symboles de l’esclavage et du colonialisme. On les appelle les « rouge-vert-noir », les couleurs du drapeau indépendantiste qu’ils arborent.

Dès le début du procès, les avocats de la défense ont relevé l’arrogance du procureur et le racisme institutionnel symbolisé par cette justice rendue par des juges blancs, alors que les prévenus, leurs défenseurs et la population mobilisée sont noirs.

Le tribunal a refusé la demande de report du procès faite par les avocats de la défense, auxquels une pièce importante du dossier n’avait pas été remise. Ils ont donc quitté la salle d’audience et se sont expliqués devant la presse et les manifestants à l’extérieur.

Trois des quatre militants ont été lourdement condamnés en première instance. Les peines vont de 14 mois de prison dont sept mois ferme pour deux des jeunes, Denzel et Essaï, à 24 mois dont 12 mois ferme pour le troisième, Frédéric, dit Loulou. Ces peines sont assorties de travaux d’intérêt public et d’amendes. Le procès du jeune le plus connu, Keziah Nuissier, violemment molesté par les forces de police et interpellé le 16 juillet dernier, a été, lui, renvoyé au 9 novembre.

Les juges ont donc frappé fort. Ils veulent faire payer leur révolte aux jeunes activistes. Pour l’instant, ils ne réussissent qu’à faire remonter les relents coloniaux de leur justice.

Ce faisant, ils renforcent la détermination des accusés ainsi que la mobilisation autour d’eux et de leur cause.

Marianne TIBUS