Allemagne : l’extrême droite sans masque

02 Septembre 2020

Samedi 29 août, entre 35 000 et 40 000 manifestants se sont retrouvés à Berlin, venus de tout le pays, pour réclamer à nouveau la fin des restrictions liées au Covid-19, dont le port du masque. En fin d’après-midi, après une journée émaillée d’incidents, environ 200 protestataires emmenés par l’extrême droite ont profité du faible nombre de policiers pour tenter de pénétrer dans le Reichstag, la Chambre des députés, s’offrant ainsi un bon coup de pub.

Cette fois encore, le rassemblement comprenait toutes sortes de publics, mais il était impossible d’ignorer la présence de l’extrême droite. Entre autres organisateurs, les partis d’extrême droite NPD et AfD (Alternative für Deutschland) avaient appelé à manifester à Berlin, beaucoup de tracts de l’AfD circulaient et plusieurs de ses députés se montraient dans le cortège. Avec leurs drapeaux et symboles, comme l’aigle impérial, l’extrême droite, les identitaires et autres néonazis se disent « citoyens du Reich » ou même se réclament du Troisième Reich, celui de Hitler.

Néanmoins, une bonne partie des manifestants ne se sentent aucun lien avec l’extrême droite, et certains sont réellement inquiets pour les libertés publiques. Mais, adeptes de l’une ou l’autre variante des théories du complot, ces manifestants peuvent devenir militants antivaccins. Certains des manifestants sont méfiants ou même mécontents du pouvoir aux mains des riches. D’autres pensent que leur santé ne regarde qu’eux, méconnaissant la dimension sociale d’une épidémie. Mais il y avait là aussi des gens se disant libres penseurs ou même de gauche. Reste qu’aucun de tous ceux-là ne semblait gêné de défiler aux côtés de l’extrême droite, de lui donner de l’audience, voire de lui permettre de recruter.

Alors que l’épidémie reprend également en Allemagne et que le Covid-19 a déjà fait plus de 850 000 morts dans le monde, banderoles et pancartes ne savaient que s’en prendre au port du masque et aux figures de la chancelière Merkel et des autorités médicales. Quant à contester la politique des groupes capitalistes et des banques, responsables de la crise économique et sociale, rien.

Au-delà des menaces constituées par l’extension du virus, par l’appauvrissement consécutif à la crise du capitalisme, il peut y avoir, dans les rangs des manifestants, celles tout aussi graves des idées véhiculées par l’extrême droite. Face à elles, les déclarations des politiciens au pouvoir ne sont d’aucune utilité. Seul un réveil de la conscience ouvrière peut dégonfler les dangereuses baudruches de l’extrême droite et dissiper les nuées antiscientifiques, réactionnaires ou passéistes.

Alice MORGEN