Niger : une sale guerre et ses victimes

12 Août 2020

Le 9 août, huit personnes, dont six jeunes français engagés dans l’action humanitaire, ont été tuées lors d’une attaque terroriste à une heure de route de Niamey, la capitale du Niger. Ce sont malheureusement les victimes collatérales de l’intervention militaire française au Sahel.

Depuis sept ans, au cours des opérations Serval puis Barkhane, l’armée française a relancé sa présence dans cette vaste région d’Afrique colonisée par la France au 19e siècle. Un peu plus de 5 000 soldats français y mènent la guerre contre des groupes armés, dans une zone aussi vaste que l’Europe, répartie sur cinq pays, dont le Niger.

C’est la zone d’influence de la bourgeoisie française que l’armée protège là-bas, et non les populations, qui sont tout autant victimes des exactions des islamistes que des forces armées des dictateurs aux ordres de Paris.

Ces pays sont formellement indépendants depuis une soixantaine d’années. En réalité, leurs États et leurs gouvernements sont sous l’influence et la surveillance de l’impérialisme français, qui s’arroge le droit d’y intervenir régulièrement. Soutenant des dictatures qui oppriment les populations placées sous leur autorité, l’armée française est à la fois crainte et haïe. La misère, toujours plus profonde, s’y ajoute pour fournir de nouvelles recrues aux groupes djihadistes.

Confronté à l’évidence que l’intervention française n’a pas fait reculer le terrorisme, l’entourage de Macron a indiqué à la presse que « l’action militaire n’est pas suffisante, il faut aussi des avancées politiques sur le plan du développement, et c’est ce qui prend du temps ». Mais l’impérialisme français n’a jamais développé la région ! C’est au contraire l’une des plus pauvres, sur le continent le plus pauvre. Et cela précisément parce que l’Afrique a été et demeure pillée par les différentes puissances impérialistes.

Suite à l’assassinat des humanitaires français, l’Élysée pose la question du « renforcement des mesures de sécurité », donc de l’envoi de nouveaux soldats qui ne feront qu’intensifier la guerre au nom de la protection des intérêts de la France, c’est-à-dire de ses capitalistes.

Le régime nigérien est présidé par Mahamadou Issoufou, ancien cadre d’Areva, l’actuel Orano, dont il a les intérêts à cœur, tout autant que les troupes françaises qui stationnent près des mines d’uranium possédées par la multinationale française.

Les achats d’armes de l’armée nigérienne ont récemment fait l’actualité, au cœur du détournement de 116 millions d’euros qualifié de plus gros scandale politico-financier de l’histoire du pays par le magazine Jeune Afrique.

Ni l’État nigérien ni l’impérialisme français ne se soucient du sort des populations confrontées aux exactions des bandes armées djihadistes, que leur politique contribue à créer.

Lucien DÉTROIT