Prime Covid : diviser pour moins payer

05 Août 2020

La loi de finances rectificative adoptée le 23 juillet par le Parlement précise que les intérimaires ne sont pas concernés par la prime Covid versée à certains travailleurs du secteur de la santé.

Cette prime a été annoncée par Macron à la fin du confinement à grands renforts de belles paroles envers ceux qui avaient été, selon ses termes, en première ligne contre le coronavirus. Dans la réalité, elle a été très variable selon les lieux et les statuts des salariés et des établissements.

Dès le départ, elle divisait les travailleurs des hôpitaux entre ceux qui avaient été en service Covid, qui devaient toucher 1 500 euros, et les autres, qui n’avaient droit qu’à 500 euros. Dans les deux cas, il fallait avoir travaillé au moins 30 jours entre le 1er mars et le 30 avril, ce qui laissait de côté ceux qui avaient été arrêtés pendant une partie de la période.

Dans le secteur public, la distribution a été soumise au bon vouloir des directions locales, qui ont pu choisir les catégories de bénéficiaires et moduler les montants. Les conditions sont devenues tellement variables et opaques qu’il est bien difficile de s’y retrouver. La direction du CHU de Saint-Étienne elle-même s’est embrouillée : elle réclame le remboursement de la prime à 70 étudiants en médecine qui s’étaient portés volontaires pendant le confinement et ont reçu 1500 euros… par erreur.

En dehors des établissements publics, le flou règne tout autant. Pour les aides à domicile, Macron vient d’annoncer l’attribution d’une prime financée par l’État et les départements. Les salariés des établissements privés sont censés être traités comme ceux du public, mais les agences régionales de santé (ARS) n’ont pas débloqué les fonds partout.

Quant aux travailleurs des entreprises sous-traitantes, notamment de ménage et de sécurité, ils n’étaient pas concernés dès le départ par la prime gouvernementale. C’est leur mobilisation qui, dans certains établissements, a obligé leur entreprise à leur verser une prime.

Car l’attitude du gouvernement facilite les tergiversations des patrons du secteur privé, qui ont beau jeu de se défausser sur lui. Ainsi, les patrons des entreprises d’intérim ont été jusqu’à s’associer aux syndicats pour dénoncer l’article de la loi de finances… comme s’ils ne pouvaient pas mettre la main à la poche eux-mêmes !

Inégalitaire, arbitraire, aléatoire et de toute façon insuffisante : avec cette prime, le gouvernement, comme les entreprises privées, ont essayé de faire passer la pilule des bas salaires, tout en divisant les travailleurs. Loin de remplacer une vraie augmentation de salaire pour tous, elle ne fait qu’en rappeler la nécessité.

Claire DUNOIS