Guerre des vaccins, crise sanitaire et économique : la folie du capitalisme

05 Août 2020

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, tous les grands laboratoires pharmaceutiques se sont lancés dans une course effrénée pour trouver un vaccin contre cette maladie. Si l’on en croit les spécialistes qui s’expriment dans les médias, sur la centaine de projets recensés à travers le monde, quatre seraient déjà parvenus à l’étape la plus avancée des essais sur l’homme. « Nous essayons de faire en six à huit mois ce qui normalement prend dix à vingt ans », a expliqué récemment un responsable de Sanofi.

Il y a de quoi être impressionné par cette mobilisation de la recherche médicale et on devrait pouvoir se réjouir des progrès qu’elle devrait entraîner. Mais, dans le capitalisme, rien n’est jamais aussi simple. Car pour les dirigeants des multinationales de la pharmacie, cette recherche d’un vaccin est d’abord et avant tout une course au profit ! Dans la concurrence qui les oppose pour empocher le pactole, il faut être le premier à trouver un vaccin et à pouvoir le produire en grande quantité. Ainsi, avant même d’en connaître l’efficacité et d’en avoir vérifié l’innocuité, certains laboratoires ont déjà commencé à faire produire industriellement leur vaccin. Pour « sécuriser » leurs profits, les multinationales de la pharmacie imposent aux États qui en ont les moyens, c’est-à-dire les plus riches, de précommander des millions de doses.

Cette concurrence entre les grands groupes pharmaceutiques conduit ainsi les États à se livrer une guerre à coups de milliards, pour chercher à se garantir la livraison du futur vaccin. Il y a trois mois, un responsable de Sanofi avait affirmé que son laboratoire servirait en premier les États-Unis s’il trouvait un vaccin, car ils avaient payé plus que les autres. C’était une façon de faire pression sur les États européens pour qu’ils ouvrent davantage leur tiroir-caisse. Faisant preuve de son hypocrisie habituelle, Macron avait alors fait mine de protester en déclarant qu’il était nécessaire « que ce vaccin soit un bien public mondial, extrait des lois du marché ». Quelle blague ! Comme il le fait à chaque fois qu’un grand patron hausse le ton, Macron s’est soumis aux exigences de Sanofi, lui promettant des centaines de millions sans exiger aucune contrepartie, alors que ce groupe affiche des résultats record et s’apprête à supprimer 1 700 emplois en Europe, dont 1 000 en France.

Si ces laboratoires, sur lesquels les États déversent l’argent public, parviennent finalement à trouver un vaccin, il sera protégé par les brevets et le sacro-saint secret commercial qui empêcheront tout partage des connaissances. La population n’aura aucun moyen de connaître les termes des contrats passés entre les gouvernements et ces groupes, qui seront libres de choisir la stratégie commerciale qui leur semblera la plus profitable. Un dirigeant du laboratoire américain Pfizer l’a expliqué crûment : « C’est une période extraordinaire et notre prix le reflétera. » Et tant pis pour ceux qui n’auront pas les moyens de payer !

En fait, dans tous les domaines, la société se heurte à l’avidité, au parasitisme et à l’irresponsabilité d’une bourgeoisie aveuglée par la recherche du profit. Grâce aux progrès des sciences et des techniques, la société dispose de moyens formidables pour améliorer la vie des hommes. Dans tous les pays, y compris les plus riches, les besoins à satisfaire sont nombreux dans tous les domaines, dans la santé, l’éducation, le transport, le logement… Et, malgré cela, l’économie s’enfonce toujours plus profondément dans la crise.

Cette crise économique n’est pas due à l’épidémie du coronavirus, même si celle-ci l’a accélérée. L’humanité a survécu à bien d’autres épisodes de ce genre. Aujourd’hui, pour faire face aux conséquences de l’épidémie, les biens et les capitaux accumulés pendant les années de croissance devraient pouvoir être mobilisés dans l’intérêt général… mais ils sont aux mains d’une poignée de privilégiés. Les entreprises n’ont pas été détruites par une guerre, elles existent toujours, mais ce sont les capitalistes qui décident de les fermer ou de réduire leur activité en diminuant le personnel à tour de bras.

Dans un système économique qui serait vraiment maîtrisé et contrôlé par la société, la production et les échanges devraient pouvoir être organisés en fonction des besoins. Cela ne sera pas possible tant qu’une minorité de capitalistes pourra imposer ses décisions à l’ensemble de la société sans même avoir à rendre de comptes.

Exproprier les capitalistes, réorganiser l’économie en fonction des besoins et non plus des profits d’une minorité, ce sont les objectifs que les travailleurs devront mettre en avant pour sauver la société de la faillite à laquelle le capitalisme la conduit.

Bulletins d’entreprise du 3 août 2020