Complémentaires santé : le gouvernement veut piocher dans la caisse

05 Août 2020

Une des conséquences inattendues de l’émergence du coronavirus a été de moindres dépenses des organismes mutualistes, ainsi que des assureurs privés. Le gouvernement évalue leurs économies à 2,6 milliards d’euros, une cagnotte dans laquelle il aimerait piocher.

Pendant que la phase aiguë de la crise épidémique, en mars et avril, a envoyé des dizaines milliers de patients à l’hôpital dans les services de réanimation, des millions d’autres ont au contraire très peu consulté et ont renoncé, au moins provisoirement, aux soins pendant la période de confinement. Il est cependant à prévoir un certain rattrapage des dépenses de santé non effectuées au printemps.

Toutefois cela s’est mécaniquement traduit jusqu’à présent par moins de dépenses de santé, donc moins de remboursements par les organismes gérant des complémentaires santé. D’ailleurs, certaines mutuelles, encore un peu à l’écart de la financiarisation générale de l’économie et agissant bien moins en machines à profits que les compagnies d’assurance, ont déjà remboursé quelques dizaines d’euros à leurs membres. Ce qui est au bout du compte une ristourne bien normale sur les cotisations.

Il n’est cependant pas question d’affecter les milliards non dépensés à une baisse générale des cotisations, qui ont tendance au contraire à augmenter régulièrement. Le gouvernement, qui fait supporter aux comptes de la Sécurité sociale des dizaines de milliards de dépenses d’aide aux entreprises, voudrait donc boucher un peu le trou qu’il a créé en prenant sur les cotisations non dépensées.

Qu’attendre d’autre d’un État qui a comme politique constante de réduire systématiquement les remboursements des soins, ce qui ­oblige à cotiser en plus à une complémentaire santé, ou bien à renoncer aux soins…

Lucien DÉTROIT