Guyane : le mécontentement ne faiblit pas

29 Juillet 2020

L’épidémie de coronavirus, particulièrement aiguë en Guyane, a de nouveau mis en évidence l’indigence du système de santé.

Pour réclamer des moyens, le collectif ­Mayouri santé Guyane, créé lors de la grève générale de 2017, a brièvement occupé la préfecture à Cayenne le 17 juillet, avant d’en être violemment expulsé. Le syndicat le plus important, l’UTG, ainsi que des associations et partis politiques ont appelé à une grève générale le 21 juillet. Plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni. Un incendie spectaculaire de protestation a été allumé devant la préfecture dont les flammes ont léché toute la devanture.

Les revendications principales concernent la création d’un Centre hospitalier universitaire (CHU), la création de deux hôpitaux à Saint-Georges et Maripasoula, deux communes éloignées de la capitale et d’accès difficile, la création de 50 lits de réanimation supplémentaires, que les lits et le matériel de réanimation attribués dans le contexte de la crise restent en Guyane, entre autres. Concernant le CHU, cette revendication date d’environ vingt ans. À l’issue de la grève générale de 2017, elle avait été validée par le gouvernement, mais laissée sans suite.

En Guyane, il y a deux fois moins de médecins par habitant que dans l’Hexagone, trois fois moins de spécialistes. Les capacités en réanimation sont trois fois inférieures. L’éloignement de certaines communes de l’intérieur aggrave la situation, car les principaux moyens de soins sont situés dans les villes du littoral. Pourtant, aux dires du nouveau Premier ministre, qui a fait une visite éclair de huit heures en Guyane le 12 juillet, tout va pour le mieux : les capacités en réanimation, les masques disponibles, le nombre de tests sont suffisants.

La mobilisation du 21 juillet a débouché sur une réunion des élus guyanais, des représentants du collectif Mayouri ­Santé et des représentants locaux de l’État, alors que les manifestants à l’extérieur soutenaient la délégation au son du tambour. Certains points ont été validés, dont une prime de 1 500 euros pour les soignants, des tests et des moyens de soins supplémentaires, le maintien de deux lits en réanimation. Des promesses seront peut-être faites, mais pour qu’elles soient suivies d’effet, la population n’a qu’un moyen : ne pas baisser la garde et renforcer son action.

Marie-Céline Deshauteurs