Chine – Ouïghours : Pékin opprime, les groupes occidentaux encaissent

29 Juillet 2020

Jeudi 23 juillet, quelque 180 syndicats et ONG de 36 pays différents ont dénoncé le travail forcé imposé par les autorités chinoises à des centaines de milliers d’Ouïghours. La dénonciation vise Pékin mais aussi des dizaines de multinationales occidentales qui s’engraissent sur ce travail forcé.

Les Ouïghours sont une population turcophone qui vit, avec d’autres minorités ethniques dites musulmanes, à l’extrême ouest de la Chine, dans le Xinjiang. Déjà soumise aux persécutions, notamment des campagnes de stérilisation forcée, et à des emprisonnements de masse dans des camps, cette population aux marges de la Chine sert de réservoir de main-d’œuvre gratuite ou quasi gratuite. Tout d’abord dans la production et la transformation du coton dont le Xinjiang est un producteur majeur. Une grande partie des masques pour se protéger du Covid-19 en Chine et dans le reste du monde proviennent du Xinjiang où seulement quatre usines en fabriquaient avant la pandémie ; aujourd’hui, elles sont 51, dont dix-sept utilisent de la main-d’œuvre concernée par la « rééducation par le travail », c’est-à-dire le travail forcé dans les camps.

Les autorités chinoises utilisent aussi les Ouï- ghours, sortis des camps et convoyés à travers le pays, pour remplacer des travailleurs dans les usines de l’est de la Chine. En mars 2020, dans un rapport à l’intitulé éloquent « Ouïghours à vendre », un groupe de réflexion australien affirmait qu’entre 2017 et 2019, au moins 80 000 Ouïghours avaient été envoyés dans des usines à travers le pays.

Étant donné la place de la Chine dans l’économie mondiale, ou plus exactement la place de la Chine pour la production des multinationales occidentales, il était inévitable qu’une part du travail forcé imposé aux Ouïghours vienne irriguer les profits de groupes occidentaux. Le coton et la filière textile du Xinjiang profitent entre autres à Adidas, Nike, Uniqlo, Zara, Gap, Puma, Calvin Klein, C&A, H&M, etc. Mais dans cette liste il n’y a pas que les entreprises de la filière textile, traditionnelle dévoreuse de travail à bas coût : Amazon, Apple, Alstom, Nokia, Volkswagen, BMW y figurent aussi en bonne place.

Une dictature féroce, une main-d’œuvre de quasi-esclaves une matraque sur la nuque, un catalogue de groupes industriels produisant pour le marché mondial et en particulier pour là où le pouvoir d’achat est le plus fort : c’est aussi cela le capitalisme de ce début de 21e siècle.

Boris SAVIN