Union européenne : un attelage brinquebalant

22 Juillet 2020

Mardi 21 juillet au petit matin, les responsables des 27 pays de l’Union européenne ont fini par accoucher d’un accord visant, disent-ils, à relancer une économie mise à mal par le Covid-19.

L’UE empruntera sur les marchés financiers de quoi verser 390 milliards d’euros de subventions aux pays les plus touchés, notamment l’Espagne, l’Italie et la France. Elle pourra également emprunter jusqu’à 360 milliards d’euros, pour les reprêter aux pays qui en feraient la demande. Les subventions sont assumées par l’ensemble des 27, les prêts seront remboursés par les pays emprunteurs.

Cela s’ajoutera aux centaines de milliards d’euros déjà sortis pour garantir les profits des grands groupes capitalistes. Devant le ralentissement économique et commercial consécutif à la pandémie, les États tentent, comme en 2008, de faire repartir la machine en l’arrosant de monnaie. En acceptant le plan de relance proposé par la France et l’Allemagne, l’Union européenne se borne à faire en commun ce que chaque État fait pour son propre compte. Et elle le fait, en réalité, à petite échelle. La France, par exemple, touchera 40 milliards d’euros de l’UE. Le Maire a déclaré qu’ils serviraient à couvrir une partie du plan de relance de 100 milliards prévu pour septembre, lequel ne fait que suivre les 340 milliards d’euros débloqués dès le début de la crise et les subventions particulières, à coups de milliards d’euros également, offertes à l’automobile, l’aéronautique, l’armement, etc.

Ce plan de 750 milliards d’euros, initialement proposé par Merkel et Macron, est surtout destiné à relancer la machine économique au sud de l’Europe. L’économie européenne est fortement intégrée et les capitalistes allemands et français ne peuvent envisager une faillite de pays aussi importants que l’Italie ou l’Espagne, à la fois fournisseurs et clients. C’est pourquoi le patronat allemand, jusque-là farouchement opposé aux dettes européennes communes, a demandé à sa représentante de se prononcer pour ce plan.

Les dirigeants des deux grandes puissances européennes avaient un deuxième, et peut-être premier, motif dans l’affaire. Macron, au cours des négociations, a déclaré : « si on met en difficulté les dirigeants on risque de favoriser le populisme dans ces pays. » C’est vrai pour ceux qui ont bénéficié du plan, particulièrement en Italie où l’extrême droite menace de revenir au gouvernement en dénonçant l’UE qui abandonne la péninsule. Quant à Rutte, le Premier ministre néerlandais qui a combattu le plan, il gouverne sous la menace de l’extrême droite et tient à lui donner des gages sur le terrain de l’égoïsme national en refusant de payer pour les Européens du sud.

Mais, à ce jour, les grandes entreprises industrielles et financières européennes veulent pouvoir disposer d’un marché et d’une monnaie uniques, garantis par l’UE, et cela pèse plus que les difficultés de tel ou tel politicien. Au prix d’une réduction de la participation financière des pays récalcitrants, de l’assurance que l’on contraindra les pays emprunteurs à faire payer leur population, d’une résolution n’engageant personne quant au respect de l’état de droit, tous les négociateurs sont sortis de la salle en criant victoire.

Celle-ci risque d’être de courte durée, car la crise économique ne peut que renforcer les tendances centrifuges en Europe. L’exemple de la Grande-Bretagne et du Brexit montre que les dérapages politiciens peuvent conduire à des sorties de route incontrôlées. Et, surtout, la lutte pour la vie entre groupes capitalistes pousse chacun d’eux à s’appuyer de plus en plus sur son État national, ce qui constitue le plus corrosif des dissolvants de l’Union européenne des bourgeoisies.

Paul GALOIS