Santé : débrouillez-vous avec ça

22 Juillet 2020

Comment faire illusion avec pas grand-chose ? Mardi 21 juillet, le ministre de la santé Olivier Véran a parlé d’une meilleure organisation du système hospitalier avec seulement six milliards d’euros de plus sur cinq ans.

Comme les mesures salariales annoncées la semaine précédente, les nouvelles déclarations sont présentées comme le fruit du « Ségur de la santé ». Pourtant, le ministre a prévenu que le plan Ma Santé 2022, lancé il y a un an par Agnès Buzyn, n’était pas remis en cause mais plutôt accéléré.

Concernant les effectifs, il a répété le chiffre de 15 000 recrutements alors que les besoins sont évalués entre 100 000 et 300 000 par les différents collectifs hospitaliers. Sur la capacité d’accueil en nombre de lits, il s’est abrité derrière le développement des soins en ambulatoire. Dédaignant la revendication de gel des fermetures de lits, il a réduit la question au cas par cas local. Pour faire face à des pics d’activité comme pendant les épisodes de grippe et de bronchiolite, il a seulement préconisé un volant de 4 000 lits à l’échelle nationale qui pourraient être ouverts à la demande. Avec quel personnel au lit du malade ? Mystère.

Comment se répartira l’enveloppe de six milliards ? Pour rénover les bâtiments, notamment les ehpad, pour renouveler le matériel courant comme les pousse-seringues, les lits, il y aurait 2,1 milliards. Pour développer les relations entre l’hôpital et la médecine de ville, il y aurait 2,5 milliards. Pour intégrer tous les patients à un espace numérique de santé, il y aurait 1,4 milliard.

On le voit, il ne s’agit guère d’investir sur le long terme mais plutôt de parer au plus pressé à moindre frais. Cela consiste à délester les services d’urgence vers les généralistes, à multiplier les téléconsultations, à déléguer des compétences médicales à des infirmiers formés aux pratiques avancées (IPA). Compte-tenu de la déperdition dans les effectifs du fait des conditions de travail, 10 % de plus seraient formés dans les instituts de formation en soins infirmiers.

Au sujet du budget de fonctionnement des hôpitaux, le ministre est resté dans le flou, avec des promesses qui ressemblent à celles de ses prédécesseurs, tandis que les hôpitaux continuent à étouffer dans l’austérité. Quant à la reprise de la dette des hôpitaux par l’État, ce n’est qu’un juste retour des choses puisque c’est lui qui les pousse sciemment à se mettre sous la coupe des banques.

Le discours de Véran parlait beaucoup de démocratie, de décentralisation, de concertation, d’initiative locale. En fait, cela revenait à un appel à toutes les bonnes volontés pour qu’elles se coordonnent entre elles sans trop compter sur l’État. Pas de quoi se vanter.

Correspondant LO