Recomposition de la gauche : troisième voie, nouvelle impasse

22 Juillet 2020

À moins de deux ans de l’élection présidentielle, la sélection d’un candidat capable d’y faire jeu égal avec Macron et Le Pen est lancée. Dernière initiative en date à gauche : l’homme de presse Laurent Joffrin, ex-directeur du Nouvel Observateur puis du quotidien Libération, vient de lancer un mouvement.

Il s’agirait d’ouvrir une troisième voie, entre les écologistes et la France insoumise, unifiant le PS, le Parti radical de gauche et les déçus de Macron qui le voudront bien. Ce mouvement bénéficie du soutien de 150 personnalités du monde de la culture, d’artistes, d’intellectuels, de militants associatifs ou syndicaux qui ont signé l’appel « pour la création d’une force alternative à gauche ». Joffrin a annoncé des assises « sociales et écologistes » pour fonder un nouveau parti dès la fin de l’été.

L’opération se résume à essayer de faire émerger un nouveau champion pour 2022, un de plus, pour une gauche de gouvernement qui n’en manque déjà pas et où la concurrence est rude entre les potentiels présidentiables. Chez les écologistes, Yannick Jadot se voit depuis des mois en candidat de toute la gauche, tandis qu’Éric Piolle, récemment réélu maire de Grenoble, se sent pousser des ailes. Au Parti socialiste, écurie plus ancienne, les chevaux de retour, Ségolène Royal, Bernard Cazeneuve et d’autres, piaffent d’impatience, ouvertement ou pas. La direction du PS voit quant à elle dans l’initiative de Joffrin la main de Hollande, qui y trouverait un moyen de revenir sur le devant de la scène. Sans compter Jean-Luc Mélenchon qui continue, de son côté, à jouer sa partition… en espérant que les mêmes, et d’autres encore cités, voudront bien se ranger sous sa baguette. À moins qu’à la France insoumise même un impatient ne lui ravisse cette baguette de chef d’orchestre.

Il n’est pas dit que, le rejet de Macron allant croissant dans les classes populaires, on ne voie émerger encore d’autres candidats cherchant à capter à leur profit ce mécontentement.

Rien ne différencie pourtant ces politiciens, pas même les mots creux qu’ils servent à qui veut bien les entendre. Quant à leurs programmes, quoi qu’ils en disent aujourd’hui, ils auront tous au moins une chose en commun : celle de masquer les véritables responsables de l’aggravation de leur situation que sont les gros actionnaires et les membres du grand patronat. Car, quel que soit celui ou celle qui sortira du chapeau d’un Laurent Joffrin ou d’autres manœuvres et combinaisons du même genre, une chose est sûre : après avoir abreuvé, ou pas, les classes populaires de promesses le temps de l’élection, le prochain élu, qu’il soit de gauche, de droite ou d’ailleurs, appliquera le programme que lui aura dicté la bourgeoisie.

Jacques Le Gall