Martinique : révolte des jeunes contre les gendarmes coloniaux

22 Juillet 2020

Les 16 et 17 juillet, Fort de France, en Martinique, a connu deux nuits d’affrontements entre jeunes manifestants et gendarmes. En effet, depuis plusieurs mois, en Martinique, un groupe de jeunes activistes nationalistes mène des actions de protestation dynamiques et un peu spectaculaires.

Ils sont dénommés « les antichlordécone » ou encore les « rouge vert noir » car ils brandissent le drapeau indépendantiste avec ces couleurs.

À plusieurs reprises, ils ont envahi des supermarchés appartenant aux riches békés pour réclamer réparation des préjudices causés par le chlordécone, ce pesticide extrêmement nocif importé par les gros planteurs reconnu comme responsable de cancers et autres maladies graves. C’est dans cette même mouvance que des jeunes ont revendiqué à visage découvert le déboulonnage des statues de Victor Schœlcher le 22 mai afin de mettre à mal le mythe de l’abolitionniste Schœlcher comme seul libérateur des Noirs antillais en 1848.

L’une des actions d’occupation d’une grande surface suivie d’échauffourée avec les gendarmes a conduit à des poursuites judicaires et policières. Jeudi 16 juillet, alors que deux de leurs camarades étaient en garde à vue, les jeunes « rouge vert noir » sont venus devant le commissariat réclamer pacifiquement leur libération. Aux Antilles, de telles actions sont souvent menées en chantant et en battant du tambour traditionnel. Mais très vite, ce sont les gendarmes blancs qui ont remplacé les policiers noirs et sont intervenus brutalement contre les jeunes. La prise violente du tambour par un gendarme a particulièrement suscité la colère. Un jeune qui a cherché à le récupérer a été frappé jusqu’au sang et la cible d’insultes racistes, comme « sale négro », avant d’être embarqué violemment par les gendarmes dans un fourgon.

Aux Antilles, tout comme le coup de pied d’un Blanc à un Noir, le geste d’arracher un tambour, commis par un Blanc contre un Noir, fait immédiatement penser à l’esclavage et au colonialisme d’antan, époques où la musique au tambour était interdite et réprimée car considérée comme un signe de rassemblement de révoltés. Ces gestes qui évoquent les pires moments d’oppression sont toujours immédiatement suivies de révolte.

De là sont parties deux nuits d’affrontements entre jeunes manifestants et gendarmes. Le calme n’est revenu à Fort de France que lorsque tous les jeunes ont été remis en liberté. Les vidéos des violences ont circulé très vite et ému la population. Les organisations politiques ont publié des communiqués de protestation et de soutien aux jeunes révoltés.

Tous les syndicats organisaient un meeting commun mercredi soir 22 juillet à la maison des syndicats. D’autres actions de protestation sont prévues par les organisations anticolonialistes et d’extrême gauche.

Pierre JEAN-CHRISTOPHE