Enseignement supérieur : des bacheliers recalés

22 Juillet 2020

Vendredi 17 juillet, la plate-forme d’orientation dans l’enseignement supérieur, Parcoursup, clôturait sa première phase. Et la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, de se féliciter que 585 000 bacheliers aient eu une proposition d’admission dans une école supérieure ou une université.

Elle concédait toutefois que 9 500 d’entre eux n’ont eu aucune proposition. Elle avance comme explication au fait qu’ils sont officiellement 3 000 de plus que l’an dernier, le taux exceptionnel de réussite au baccalauréat, 96 % contre 88 % en 2019.

Mais cette présentation des choses est en partie mensongère, tout comme son annonce sur les recalés de Parcoursup. En effet, comme les années précédentes, la ministre ne prend en compte que les élèves qui se sont manifestés pour demander une aide à l’orientation. En réalité, 52 400 bacheliers sont sans proposition, contre 32 700 en juillet 2019. Nombre d’entre eux, comme l’an dernier vont donc renoncer à suivre des études supérieures et, dans leur grande majorité, vont grossir les rangs des chômeurs. Cela touche particulièrement les jeunes qui ont obtenu un bac professionnel et qui sont majoritairement issus des classes populaires. Le bac professionnel n’offre plus, comme cela pouvait être le cas disons voici quinze ans, une ouverture sur le marché du travail. Pour nombre de ces jeunes, avoir le bac pro ou pas ne fait guère de différence au final.

Certains rendent la plateforme Parcoursup responsable de l’échec des bacheliers à entrer dans l’enseignement supérieur. Mais ce n’est pas si simple. Depuis des années, les universités tirent le signal d’alarme : les capacités dans le supérieur restent les mêmes, alors que le nombre de bacheliers augmente pour des raisons démographiques. Il y en a eu 22 000 en plus l’an dernier, 20 000 cette année, sans que rien de sérieux n’ait été fait pour augmenter le nombre de locaux et celui des enseignants. La conférence des présidents d’université chiffre ses besoins entre 150 à 300 millions d’euros.

Les organisations syndicale réclament plusieurs milliards pour que l’enseignement supérieur puisse fonctionner correctement. Il n’en n’est pas question, le gouvernement réserve ses largesses financières aux grandes entreprises. En revanche le couperet de la sélection par l’argent s’emploie à réduire quelque peu le nombre des étudiants. En effet les droits d’inscription dans le supérieur n’ont cessé de croître, écartant par leur montant prohibitif de nombreux jeunes de filières réservées de fait aux enfants des classes aisées, et en dissuadant même carrément d’entreprendre des études supérieures.

Aline URBAIN