Dialogue social : Castex enrobe, les dirigeants syndicaux gobent

22 Juillet 2020

« Le dialogue social existe, je l’ai rencontré », aurait pu ajouter le Premier ministre à la sortie de la conférence du 17 juillet, où il a rencontré les dirigeants des confédérations syndicales et des organisations patronales.

Les uns et les autres ont joué le jeu et dit qu’il existait, chez Jean Castex, « un changement de ton », pour Yves Veyrier, le représentant de FO, « une volonté de dialogue », pour Laurent Berger de la CFDT, et « quelque chose qui est en train de changer dans la méthode », selon la CFE-CGC. Quant à Philippe Martinez, de la CGT, il s’est dit satisfait des « annonces concrètes ».

C’est tout de même se contenter de peu, au moment où tout laisse prévoir une crise sociale de grande ampleur. Le concret, c’est l’annonce claire du report de l’application de la réforme de l’Assurance chômage, qui prévoit de rendre l’indemnisation plus maigre et les conditions y donnant droit plus dures. C’est aussi l’ajournement de la réforme des retraites. Clairement, les sujets qui fâchent ont été repoussés à plus tard, et cela peut-être à la suite d’une vraie négociation entre le chef de l’État et celui auquel il souhaitait confier la tête du gouvernement. La vague de suppressions d’emplois qui se lève risque déjà de susciter suffisamment de colère sans que s’y ajoutent les réformes largement contestées depuis un an.

Repoussées, les réformes en question n’en restent pas moins en réserve dans le cahier des charges de Castex. Celui-ci répète que, pour lui, c’est le changement « structurel » qui importe, c’est-à-dire la mise en place d’une retraite par points réduisant les droits de tous les salariés

En revanche, ce qui ne souffrira pas de report, ce sont les mesures d’aide aux employeurs, prétendument destinées à favoriser l’embauche des jeunes de moins de 25 ans et la relance. Pendant que beaucoup, à commencer par les grands groupes riches à milliards, suppriment des emplois par milliers, Macron et Castex s’engagent à les arroser de milliards de subventions, de prêts garantis ou d’exonérations d’impôts et de cotisations.

Pour voir dans cette situation une « volonté de dialogue », il faut une certaine myopie, qui signifie surtout que les dirigeants syndicaux se disent prêts à collaborer avec le pouvoir pour endormir les salariés à grand renfort de phrases creuses.

Viviane LAFONT