Daimler : un patron qui prépare la guerre aux salariés

22 Juillet 2020

C’est à dessein mi-juillet, en pleine négociation avec le syndicat allemand IG Metall d’un plan de 10 000 suppressions d’emplois initié il y a quelques mois, que le directeur des Ressources humaines du groupe Daimler, de 278 000 salariés (dont dépend Mercedes), a fait à la presse des déclarations fracassantes.

Juste dix jours après l’annonce de la liquidation de son usine Smart en France, avec la menace de milliers de licenciements induits, Wilfried Porth estime que la situation est bien plus grave que lors de la crise de 2008, qui avait entraîné à l’époque une saignée sur les effectifs. Pour lui, selon la presse, il s’agit d’une « crise économico-socio- sanitaire, qui devrait ouvrir la voie à restructuration de l’industrie automobile allemande, mais plus généralement dans le monde ». Aussi, toujours selon lui, « il ne faudra pas laisser place aux demi-mesures, qui ne feront que retarder le problème mais…il faudra tailler dans le vif, dans le gros du problème et éviter les tergiversations avec les syndicats ».

« Nous avons dans les usines actuellement beaucoup trop d’employés en fabrication », estime ce DRH. Sur les sites directement menacés, le nom de l’usine d’Untertürkheim, près de Stuttgart, est déjà évoqué, ainsi que certaines filiales de voitures particlières et de poids lourds. Ces licenciements ne devraient pas concerner que les ouvriers. Les milliers d’employés du service informatique du groupe sont sur la sellette, sans parler des cadres dits improductifs .

Toujours selon le DRH, en plus des licenciements, il faudra remettre en cause, voire supprimer une bonne partie des acquis sociaux mis en place dans le passé. Cela concerne les conventions collectives qui définissent les conditions de pause, les congés, etc. Il faudrait aussi modifier sans compensation salariale le nombre d’heures de travail et remettre en cause les primes de diverse nature, ainsi que l’intéressement.

Daimler-Mercedes n’est évidemment pas un petit entrepeneur aux abois. C’est le groupe automobile le plus rentable du monde, qui contrôle directement ou indirectement des centaines de milliers de salariés. Il n’a pas subi la récession qu’ont connue les autres groupes automobiles et a été capable de sortir des milliards pour financer ses escroqueries sur le Dieselgate. Daimler-Mercedes, en année normale, engrange 11 milliards de bénéfices déclarés et a sous le coude des milliards par dizaines ou plus.

Cela n’empêche pas un Wilfried Porth, évidemment inspiré par les actionnaires de Daimler-Mercedes, de préparer une guerre aux salariés, qui d’après lui ne concerne pas seulement ce groupe mais l’ensemble de l’industrie automobile mondiale. Ces capitalistes veulent garantir leurs marges, quelle que soit la situation économique, et ils pensent que le plus simple pour cela est de faire payer les travailleurs, quitte à s’orienter vers un massacre de leurs emplois et de leurs droits sociaux.

Paul SOREL