Brésil : les "motoboys" manifestent

22 Juillet 2020

Mercredi 1er juillet, une manifestation d’un millier de livreurs à moto, les « motoboys », a bloqué la principale avenue de Sao Paulo.

Dans toutes les grandes villes, ils étaient nombreux à faire grève contre les revenus inférieurs au smic (170 euros), contre les journées à rallonge, le manque de droits sociaux et de protections contre le Covid, l’arbitraire des plateformes Internet qui, pour un oui ou pour un non, les déconnectent et donc les privent de travail.

Les motoboys seraient sans doute plus de 200 000 à Sao Paulo, le double dans tout le pays, et neuf sur dix ne sont pas déclarés, comme 40 % des travailleurs brésiliens. Avec la pandémie et le confinement, il y a eu accroissement des commandes, mais pas des revenus des livreurs : les plateformes, Uber Eats, Isi Food et autres, ont simplement empoché plus de profits.

Depuis avril, les livreurs se mobilisent sur les réseaux sociaux, font signer des pétitions, descendent parfois dans la rue. Dans la manifestation du 1er juillet, on lisait sur leurs banderoles « Livreurs unis contre la précarité », « Nos vies valent plus que leurs profits », mais aussi « Livreurs antifascistes ». Car certains de leurs leaders militent contre Bolsonaro et le coup d’État militaire qui selon eux menace le pays. Ils font partie de l’opposition de gauche et du centre qui dénonce la dérive dictatoriale du président.

Ce qui est sûr, c’est que la situation des classes populaires empire. Un travailleur sur deux serait aujourd’hui au chômage, du fait de la pandémie qui a déjà tué 84 000 Brésiliens. Elle frappe en priorité les Noirs et les habitants des favelas, et les motoboys en font partie. Sous couvert de lutte contre l’épidémie, le gouvernement a permis aux patrons de suspendre les contrats de travail et d’imposer plus de flexibilité.

Bolsonaro se montre moins depuis que, malgré ses rodomontades, il a fini par contracter le Covid. Mais gouverneurs d’État et maires de capitales déconfinent peu à peu pour renvoyer les salariés au travail, malgré les cris d’alerte des médecins. La crise sanitaire n’est pas finie, la crise économique est déjà là et continue de s’aggraver.

Vincent GELAS