Santé : le Ségur ne fait pas de cadeaux

15 Juillet 2020

Pour les travailleurs hospitaliers, l’accord du Ségur de la santé signé par certains syndicats, FO, CFDT et UNSA pour l’instant, se révèle plus menaçant que payant.

Dans les hôpitaux et les Ehpad publics et privés sans but lucratif, les salaires des hospitaliers titulaires ou contractuels, paramédicaux, administratifs, techniques et ouvriers augmenteront de 183 euros net par mois, en deux fois : septembre prochain et mars 2021. Dans le secteur hospitalier privé lucratif, cela devrait s’appliquer aussi. C’est bien une augmentation uniforme, la même pour tous, quelle que soit la qualification, comme le revendiquent depuis plus de deux ans les manifestants des hôpitaux. Mais ils demandent 300 euros au minimum, et le gouvernement n’a même pas accordé cette somme qui apparaît on ne peut plus légitime aux yeux de tous, jusque dans la population. L’augmentation n’est même pas immédiate, le premier paiement rétroactif ne devant apparaître qu’en janvier sur les feuilles de paye.

Dans le secteur public, une augmentation supplémentaire ne concernera que les soignants, les personnels médico-techniques et de rééducation, sous la forme d’un passage à la catégorie supérieure dans les grilles salariales d’ici 2022.

Quant aux possibilités de promotion professionnelle, très faibles actuellement, surtout pour les catégories les moins qualifiées, il n’y a rien de précis. Elles seront étudiées par une mission chargée de les améliorer d’ici 2022.

Pour arrondir les fins de mois, l’accord détaille que les cinq premières heures supplémentaires seront mieux payées, qu’une équipe s’étant fixé un objectif et l’ayant atteint pourra recevoir une prime d’intéressement collectif. Aux hospitaliers débordés, le gouvernement propose donc avec mépris de travailler encore plus. Quant aux travailleurs des entreprises sous-traitantes (le ménage, la sécurité, la restauration), ils n’existent pas pour le gouvernement. Ils contribuent au fonctionnement de l’hôpital, avec des conditions de travail encore plus pénibles et des salaires minables liés à des contrats de sous-traitance passés souvent au moindre coût. Ils étaient là pendant toute la crise du Covid mais n’ont pas eu la prime correspondante, et dans cet accord rien n’est prévu pour eux.

Alors que la fonction publique hospitalière représente un million de salariés, le ministre Véran ne promet de pourvoir que 7 300 postes vacants et d’embaucher 8 000 agents supplémentaires. Cela fait en moyenne quinze embauches pour un établissement de 1 000 salariés. C’est une goutte d’eau. Et il n’est pas question de revenir sur les suppressions de lits en cours depuis des années dans les hôpitaux.

Faute d’embauche massive à la hauteur des besoins, l’accord fait place à encore plus de flexibilité dans le temps de travail. Il parle de souplesse, de contractualisation et de négociation locale sur le temps de travail, avec une enveloppe budgétaire supplémentaire afin de faciliter la négociation de ces accords locaux qui s’imposeront à tout le personnel de l’établissement concerné.

Concrètement, le repos quotidien sera réduit à 11 heures au lieu des 12 heures réglementaires, une annualisation fera varier la référence hebdomadaire entre 32 et 40 heures en fonction de l’activité, au lieu des 35 heures légales, etc. Pour atomiser encore plus les conditions de travail, il y aura aussi les contrats signés individuellement pour un quota annuel d’heures supplémentaires, ou bien pour une annualisation sous forme de forfait jours.

Ce sont autant d’entorses au cadre collectif du temps de travail. L’accord du Ségur a beau répéter que tout doit être fait dans le cadre légal, cela n’a rien de rassurant, car il prévoit aussi de modifier par décret les réglementations, pour les adapter à ce qui se fera sur le terrain.

Après tous les efforts fournis par les hospitaliers pendant trois mois face à l’épidémie du Covid, le prétendu accord sorti du Ségur n’est certainement pas le leur. Après les nombreuses manifestations de ces dernières semaines pour refuser le « retour à l’anormal », notamment mardi 16 juin, plusieurs syndicats, dont la CGT et SUD, appelaient à manifester le 14 juillet, pour faire pièce à la mise en scène de Macron censée honorer les soignants et pour dire que les revendications sont toujours là.

Correspondant LO