Mali : la révolte monte !

15 Juillet 2020

Au Mali, vendredi 10 juillet, l’opposition organisait une nouvelle manifestation pour réclamer la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, appelé aussi IBK, pilier de l’impérialisme français dans la région.

C’était la troisième, après celles des 5 et 19 juin, mais cette fois les forces de répression ont tiré, faisant onze morts et plus d’une centaine de blessés.

Les résultats frauduleux des élections législatives d’avril dernier sont à l’origine du mouvement, mais la colère contre ces fraudes cristallise un mécontentement bien plus large et profond dans la population. L’exaspération qui a fini par exploser dans la rue couvait depuis longtemps, contre l’aggravation des conditions d’existence, encore rendues plus dures par le couvre-feu. Le pouvoir est incapable de faire fonctionner correctement l’eau, l’électricité, les écoles, alors que la corruption gangrène l’appareil d’État jusqu’au sommet.

Dans le Nord, les populations sont toujours prises en étau entre les groupes armés islamistes et l’armée malienne. L’opération militaire française démarrée il y a maintenant plus de sept ans a fait essaimer le conflit dans le centre du Mali et au Burkina-Faso, et les manœuvres des uns et des autres y ont attisé les affrontements ethniques. Des milices s’en prennent aux populations peules ou dogons, faisant des centaines de victimes. Incapables de protéger la population, les 5 100 hommes de la force française Barkhane apparaissent désormais comme le soutien d’un régime pourri, et les manifestants réclament son départ.

Les classes populaires n’ont rien à attendre des chefs de l’opposition à IBK. Ce sont des politiciens qui pour beaucoup ont été associés au pouvoir et tous se rangent derrière l’imam Dicko, ancien allié d’IBK, connu pour ses positions réactionnaires contre les droits des femmes. Dicko appelle maintenant au calme, alors qu’IBK dit envisager la constitution d’un gouvernement d’union nationale, comme l’ont réclamée les grandes puissances.

L’État français a usé jusqu’à la corde la caution d’IBK pour ses interventions militaires dans la région. Fin juin, Macron posait au G5 Sahel avec les cinq chefs d’État de la région, et l’Élysée pouvait assurer que « la présence [de la France] était toujours désirée par les pays en question ».

Macron affirmait à cette occasion sa « pleine adéquation avec le président Keïta [...] sur l’urgence de mettre en œuvre rapidement des mesures visant à apaiser le climat politique » au Mali.

La répression des derniers jours illustre à nouveau quel régime meurtrier la France utilise pour défendre ses intérêts impérialistes en Afrique.

Lucas Pizet