Liban : la population victime des banques

15 Juillet 2020

« On préfère mourir du corona que de la faim ». C’est avec ce slogan que les habitants de Tripoli, la deuxième plus grande ville du Liban, sont une fois de plus descendus dans les rues pour manifester leur colère. Le mot est faible pour décrire la crise sans précédent à laquelle font face les Libanais.

La dégringolade de l’économie et l’inflation sont tellement rapides qu’il est impossible de suivre l’évolution du taux de chômage ou du cours de la monnaie. On estime aujourd’hui que 50 % des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté. Et ces chiffres ne tiennent pas compte des centaines de milliers de réfugiés syriens et palestiniens, ni des travailleurs immigrés venus des pays les plus pauvres de la planète, dont des Éthiopiennes, des Sri-Lankaises, des Bangladeshi vivant sur le sol libanais.

Longtemps considéré comme un paradis fiscal, le Liban l’est encore pour les banques et les financiers. Ceux-ci œuvrent aujourd’hui en toute impunité et l’illégalité est la règle. Les banques ont bloqué les comptes des particuliers et décident de qui a le droit de retirer son argent et dans quelles quantités. Le but est prétendument d’empêcher les capitaux étrangers de quitter le pays. Au début de la crise, un jour de fermeture des banques, dix milliards de dollars auraient été virés du Liban vers des comptes bancaires à l’étranger, sans qu’on sache à qui ils appartiennent. On s’en doute pourtant bien.

Depuis des dizaines d’années, les travailleurs libanais ont dû se contenter de petits salaires, cumulant plusieurs jobs, s’appuyant sur l’aide envoyée par leurs familles de l’étranger. Certains ont pu constituer quelques économies pour faire face aux imprévus de la vie, ou aux crises bien connues dans la région, ou tout simplement pour se préparer une retraite, dans ce pays dépourvu de système social. Et maintenant, ils ne peuvent même plus accéder à leur argent et la pilule est dure à avaler.

Les témoignages décrivent une situation pire que toutes celles déjà connues. Que ce soit pendant les vingt ans de guerre civile ou les bombardements israéliens, jamais une telle angoisse n’avait étreint les travailleurs. Ils sont licenciés en masse, ou ne touchent plus leur salaire. Et quand ils arrivent à être payés, l’argent est bloqué par la banque.

Les produits de première nécessité commencent à manquer ou sont à des prix inabordables. Le prix de la viande a triplé, dont le poulet, et tous les produits importés comme le café ou le lait en poudre sont devenus des produits de luxe. Certains médicaments vitaux sont introuvables, comme les traitements contre l’hypertension. Le mazout qui fait fonctionner les centrales électriques et les pompes à eau commence à se faire rare. Même les bougies pour s’éclairer pendant les coupures fréquentes de l’électricité ne sont plus accessibles à la plupart.

Dans ce contexte catastrophique, les organismes internationaux et les puissances impérialistes ne font qu’enfoncer encore plus le pays dans la crise. Le FMI a proposé un prêt en échange d’un plan d’austérité à la grecque. D’un autre côté, les États-Unis font pression pour que soit désarmé le Hezbollah, allié de l’Iran aux portes d’Israël. Quant à l’Union européenne, son seul souci est de repousser le flux de migrants qui fuient les guerres et la misère dans la région.

Les travailleurs et les masses populaires libanaises ont tout simplement besoin de vivre. Après des dizaines d’années où les classes dirigeantes, appuyées par les grandes puissances étrangères, ont joué sur la division entre communautés religieuses pour régner, la misère est de plus en plus le sort commun. Seule une lutte commune peut offrir une issue.

Dina Neiman