Venezuela : la Banque d’Angleterre choisit Guaido

08 Juillet 2020

Le 22 juin, le président américain Donald Trump laissait entendre que Juan Guaido, l’opposant de droite au président chaviste Nicolas Maduro n’était plus l’homme des États-Unis. Il se disait prêt à discuter avec le président en place. Mais le 2 juillet, la justice britannique a autorisé Juan Guaido à mettre la main sur les réserves d’or du Venezuela détenues par la Banque d’Angleterre, d’une valeur de 930 millions d’euros.

En janvier 2019, les États-Unis avaient désigné Guaido comme « leur homme » au Venezuela. Ce fut le début d’une série de manœuvres pour tenter de renverser le régime chaviste, sans succès. L’administration américaine a apparemment fait le bilan. Les diverses manœuvres pour désolidariser la population, puis l’armée, du régime n’ont abouti à rien, pas plus que les démonstrations de force de l’armée américaine au large du Venezuela. Guaido n’a même pas réussi à unir derrière lui les différents clans de la droite qui se déchirent sur ce qu’il faudrait faire pour renverser le régime.

Le choix des États-Unis de soutenir Guaido avait entraîné une cinquantaine de pays, dont la France et le Royaume-Uni, à leur emboîter le pas. Apparemment, les juges britanniques en sont encore là. Ils viennent donc d’accorder à Guaido ce qu’ils ont toujours refusé à Maduro, l’accès aux réserves d’or du Venezuela dans les coffres-forts britanniques.

Cet or représente le sixième des réserves d’or du pays. La décision britannique pourrait aussi servir à clore, en défaveur du régime chaviste, un autre conflit qui l’oppose à deux de ses créanciers, la Deutsche Bank et la Citybank qui ont mis sous séquestre 1,2 milliard d’euros en or du Venezuela en rétorsion du non remboursement d’un emprunt et qui pourrait, là aussi, échapper à Maduro.

Cette mainmise sur les réserves d’or du Venezuela par des établissements financiers fait partie, depuis des années, de l’arsenal économique destiné à asphyxier le régime chaviste. Il a surtout contribué à détériorer le quotidien de la population des quartiers populaires, alimentant ainsi le mécontentement contre le régime et poussant des millions d’habitants à prendre la route de l’exil.

Il n’est pas difficile de deviner que les mêmes quartiers populaires ne verront pas la couleur de l’or remis à Guaido qui servira, au mieux, à satisfaire ses ambitions, s’il n’est pas purement et simplement dilapidé par le clan bourgeois qui parie encore sur lui : neuf députés de ses amis sont d’ailleurs actuellement englués dans une affaire de blanchiment d’argent…

Jacques FONTENOY