Remaniement gouvernemental : Macron poursuit son chemin, les travailleurs doivent reprendre celui de la lutte

08 Juillet 2020

Après une gestion de crise sanitaire catastrophique et une raclée aux municipales, Macron tente de donner un second souffle à son quinquennat. Mais en remaniant son gouvernement, il ne fait même pas semblant de se renouveler.

Pour l’essentiel, ce remaniement a été un jeu de chaises musicales. Il a mis Pierre à la place de Jacques et Jacques à la place de Paul en prenant soin d’éjecter les ministres les plus discrédités par ces trois années de pouvoir.

La seule nouveauté est l’arrivée de Jean Castex au poste de Premier ministre. C’est un élu local de droite qui avait sa carte chez Les Républicains, comme Édouard Philippe. Un clone en quelque sorte, mais avec des états de services auprès de la bourgeoisie encore plus fournis. Car si Castex est inconnu du grand public, les cercles du pouvoir, eux, le connaissent bien.

Formé à l’ENA, haut fonctionnaire à la Cour des comptes, directeur de cabinet de Xavier Bertrand, bras droit de Sarkozy et, plus récemment, délégué interministériel aux JO, et Monsieur déconfinement, Castex est un grand commis de l’État. Il fait partie de ce vivier de hauts fonctionnaires, qui sans être connus de la population, assurent la continuité du pouvoir en servant loyalement la bourgeoisie.

Un de ses forfaits est d’avoir œuvré en 2005 à l’instauration de la tarification à l’acte dans les hôpitaux, la « T2A », pour les faire fonctionner selon les critères de rentabilité des entreprises. Il fait donc partie des responsables qui ont imposé une politique d’économies dans les hôpitaux, dont on mesure tous, avec l’épidémie, combien elle est criminelle.

Aujourd’hui, les hospitaliers veulent en finir avec cette gestion comptable. Ils se mobilisent pour des revalorisations et des embauches. Ils doivent savoir qu’ils le trouveront sur leur chemin.

Pour montrer qu’il n’est pas à classer parmi les mous, Castex a fait son premier déplacement dans un commissariat pour assurer les policiers de son soutien. Cela vaut tout un programme : ce n’est plus Castaner qui usera de la matraque, mais Darmanin qui la maniera tout aussi bien.

Ce remaniement est sans ambiguïté. Macron poursuivra son chemin : une politique dure aux travailleurs et aux plus pauvres, douce au grand patronat et aux plus riches.

Une mesure en est le symbole : la reprise de la réforme des retraites et un allongement de la durée des cotisations car, affirme-t-il, « il faut travailler plus tout au long de sa vie ». Macron nous reparle de travailler plus et veut durcir les conditions d’accès à la retraite, alors qu’il n’y a pas un jour sans que soient annoncées des fermetures d’usines ou des plans de licenciements !

Du haut de son arrogance, il nous explique qu’il « faut mettre fin à cette maladie française qu’est la préférence au chômage » ! Mais qui préfère mettre les travailleurs au chômage, si ce n’est les licencieurs de Renault, Airbus, Sanofi ou Nokia ?

Mercedes a annoncé la vente de son usine Smart de Moselle. 1 600 travailleurs risquent de se retrouver sur le carreau. En 2016, la direction leur avait imposé de travailler 39 heures payées 37. Ces sacrifices ont engraissé les actionnaires, et maintenant les travailleurs sont mis à la porte : voilà à quoi mène le baratin autour des efforts partagés et du dialogue social !

Pour défendre nos emplois et nos salaires, il va falloir nous battre contre des actionnaires rapaces et contre le gouvernement. Oui, la crise est là et l’activité de certains secteurs s’est effondrée.

Le gouvernement a déployé des plans de soutien record et il est prêt à prolonger les mesures de chômage partiel, payé avec nos impôts. Mais il ne veut contraindre le grand patronat à rien. Eh bien, puisqu’il ne veut pas contrôler ce qui est fait de cet argent, les travailleurs vont devoir l’imposer par la lutte collective !

Partout les patrons se livrent à un chantage odieux : ou tu baisses ton salaire, ou tu perds tes congés, ou tu travailles plus longtemps, ou on supprime ton emploi. Partout il faut que les salariés se battent pour imposer la transparence sur les comptabilités. Qu’est-ce qui a été versé aux actionnaires ces dernières années ? Quelles sont les entrées et les sorties ? Quelles sont les réserves ? À quoi sert l’argent public versé à l’entreprise ?

Les dividendes que les travailleurs ont sués pendant des années ne se sont pas volatilisés, ils sont concentrés dans des fortunes folles. Cet argent doit servir dans cette période de crise à l’essentiel : répartir le travail entre tous sans perte de salaire !

Bulletins d’entreprise du 6 juillet 2020