Champagne : produit de luxe et esclavage

08 Juillet 2020

Mercredi 1er juillet s’est ouvert à Reims le procès de trois entreprises fournissant des vendangeurs sur les coteaux de champagne. Elles sont accusées de traite d’êtres humains.

Cette énième affaire de logement sordide et de surexploitation avait été révélée en août 2018. Des dizaines de travailleurs migrants, certains sans-papiers, étaient entassés dans des baraquements insalubres, devant dormir à même le sol, nourris d’un repas par jour. Certains témoignent aujourd’hui de journées de travail pouvant durer de 5 h 30 à 22 h 30, et de salaires pas toujours versés.

Ces travailleurs étaient recrutés par une société sous-traitante d’entreprises elles-mêmes spécialisées dans le recrutement de vendangeurs pour les grandes maisons de champagne. Mais ce ne sont que les sous-fifres que la justice s’apprête aujourd’hui à condamner. Les donneurs d’ordre sont pourtant bien les grandes maisons de champagne comme Veuve-Cliquot, qui appartient au groupe LVMH contrôlé par la plus grande fortune de France, Bernard Arnault. Ces grandes marques ont profité de la précarité dans laquelle se trouvaient ces travailleurs. Elles s’en lavent les mains, en se déchargeant de leur responsabilité sur les prestataires et en prétendant ne pas être au fait des pratiques honteuses de ceux-ci.

Le tribunal de Reims rendra sa décision, mais les véritables responsables n’ont rien à craindre. Ainsi l’organisation patronale rassemblant les maisons de champagne n’a pas été inquiétée, alors même que l’exploitation de travailleurs, étrangers notamment, est monnaie courante à chaque vendange. Personne ne peut être dupe de ce voile d’hypocrisie. Dans ce secteur du luxe, où les profits coulent à flots, les actionnaires ne sont jamais rassasiés.

Correspondant LO