Allemagne : le gouvernement face à l’extrême droite

08 Juillet 2020

La ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a décidé mardi 30 juin de dissoudre un des quatre commandos opérationnels du KSK, les forces spéciales de l’armée allemande.

Cela fait suite à l’interpellation d’un instructeur de ce commando en mai. En perquisitionnant chez lui, les enquêteurs ont trouvé 48 000 balles et 62 kilos d’explosifs qui auraient disparu de l’armurerie du KSK. L’accumulation d’événements et de preuves montrant les liens de cette unité avec l’extrême droite est considérable. En 2003, le général commandant l’unité avait été renvoyé pour antisémitisme. En avril 2017, ces liens avaient fait les gros titres des médias qui relataient la fête d’adieu d’un commandant comportant un lancer de têtes de cochons, des saluts hitlériens, du rock identitaire. Surtout des enquêtes révélaient les liens de certains avec des groupes se préparant militairement contre ce qu’ils appellent « le gouvernement doccupation dirigé par Angela Merkel ». Des réseaux comme Hannibal ou Nordkreuz (Croix du Nord) rassemblant des policiers, des juges, des avocats, et des fonctionnaires parfois haut placés dans l’appareil des régions ou de l’État se préparent pour le « jour X » où il faudrait prendre le pouvoir par les armes, en cas de crise financière, migratoire ou climatique. Ils constituent des listes de personnalités de gauche, ou jugées favorables aux migrants, à exécuter, s’entraînent au tir et au pilotage d’avions de combat, en utilisant parfois des installations militaires.

La menace d’attentat est réelle : l’an dernier, Walter Lübcke, préfet et membre du parti de droite CDU, succombait aux tirs d’un néo-nazi qui ne supportait pas ses interventions en faveur de l’aide aux migrants.

L’État, et pas seulement en Allemagne, peut aussi faire appel à des chiens de guerre pour défendre un ordre social injuste. Les gouvernements le savent, c’est pourquoi ils les font recruter, former, entretenir et développer tout naturellement l’idéologie qui correspond à leur fonction. Les services secrets montrent l’ampleur de ces réseaux et font état d’un « mur du silence » dans une partie de l’administration et de l’armée.

Ce silence va continuer, après l’opération cosmétique de dissolution des commandos.

Frédéric GESROL