Air France : 7 milliards de subventions, presque 7 000 postes en moins

08 Juillet 2020
Air France vient de confirmer ce qui se disait dans les ateliers, les terminaux et à bord des avions depuis des semaines : elle va supprimer 6 560 emplois d’ici 2023. Vu ce que la compagnie a reçu d’aides publiques au prétexte des effets de la crise sanitaire (prêts en direct de l’État, garanties de crédits auprès des banques), cela fait plus d’un million d’euros par emploi supprimé !

Présentant cela comme inévitable, le directeur général, Ben Smith, a martelé : « Avant, cela allait, maintenant on a la pire situation depuis 1945. » Pour accentuer l’effet de massue, il a ensuite énuméré les emplois supprimés chez les constructeurs : Boeing, 16 000, Airbus, 10 000, Rolls Royce, fabricant de moteurs d’avions, 9 000, ainsi que dans le tourisme. Quant aux compagnies aériennes, en licenciant, toutes se livrent à une « adaptation conjoncturelle ». Air France ne saurait donc y échapper, selon son patron qui explique que l’objectif est d’obtenir « 7 % de marge opérationnelle dici 2023 ». Étonnant pour une compagnie qu’il décrit comme quasiment à l’agonie…

Ces 7 % de bénéfices, Air France sait comment les obtenir : en baissant de 20 % les salaires des pilotes, de 14 % ceux des PNC (hôtesses et stewards), en supprimant l’intéressement sur 2020-2022 et en gelant les augmentations générales et les avancements.

À cette attaque contre les salaires s’ajoutent des milliers de suppressions d’emplois. Le détail par service ou dans la filiale régionale Hop ! sera donné le 8 juillet. Mais on sait que vont disparaître 1 560 postes chez les PNC, 430 chez les pilotes, 4 570 parmi le personnel au sol, dont 2 820 parmi les « opérationnels » (enregistrement, passage, terminaux) et 1 750 dans les « fonctions supports » (logistique, etc.). Un peu plus de la moitié des emplois au sol supprimés feraient l’objet de plans de départs dits volontaires ou de plans dits sociaux. Mais là comme chez les PNC, la direction a fait savoir que si elle ne trouvait pas assez de « volontaires », elle en désignerait. En plus de fortes pressions pour imposer des mutations ou des passages à temps partiel, il y aura des licenciements secs.

Et ce n’est pas tout. Outre le gel des embauches et le non remplacement des départs en retraite, la direction annonce l’arrêt ou le quasi-arrêt du recours à l’intérim et à la sous-traitance. Ce sont là des milliers de licenciements – même si les médias ne les comptabilisent pas. Et il y a les suppressions d’emplois en cascade que cela va entraîner pour les travailleurs d’une myriade d’entreprises qui dépendent peu ou prou de l’activité d’Air France dans les aéroports et alentour.

Alors quand sa direction annonce moins de 7 000 postes supprimés, c’est bien plus de travailleurs qui vont perdre leur emploi pour que la compagnie dégage de nouveaux profits.

La crise sanitaire n’est là que comme prétexte. Avant même que l’on entende parler du Covid-19, de nombreux salariés avaient entendu des chefs évoquer les nouveaux « plans d’économies » que la direction avait sous le coude. De tels plans, elle en lance contre le personnel depuis une trentaine d’années. Mais cette fois, Ben Smith l’a dit, il profite de l’aubaine pour accomplir ce que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi à faire : tailler dans le vif, et en grand, pour le plus grand profit de ses actionnaires publics et privés.

Pierre LAFFITTE