SNCF : rentabilité commerciale ou utilité sociale ?

01 Juillet 2020

Depuis plusieurs semaines, la direction de la SNCF multiplie dans la presse et en interne les signaux de détresse. Pour le premier semestre 2020, la société affiche des pertes de recettes record, de 4,5 à 5 milliards d’euros.

Le trou financier continue de se creuser. La fin du confinement a signifié la remise en service du réseau, mais les trains commerciaux, en particulier les TGV, restent au deux tiers vides à l’approche des congés, en raison des craintes sanitaires et de l’incertitude sur l’avenir que beaucoup ressentent.

Depuis mars, la SNCF a emprunté 1,2 milliard à deux reprises, en euros puis en dollars, ajoutant à la perte de recettes les intérêts à payer aux financiers.

L’effondrement de la fréquentation, et donc des recettes, est indéniable, mais en aucun cas il ne devrait se traduire par des menaces sur l’emploi, sur l’entretien et la rénovation des lignes. Les transports ferroviaires n’ont pas à être rentables, pas plus que la santé ou l’éducation. Il leur suffit d’être indispensables socialement.

Mais la SNCF, avec la complicité du gouvernement, se prépare à utiliser ce déficit pour justifier les suppressions de postes, alors même qu’une vague de démissions, en plus des départs en retraite, affecte de nombreux secteurs, tant les salaires sont bas et les conditions de travail éprouvantes. De nombreuses liaisons baptisées à tort « petites lignes », alors qu’elles jouent un rôle local essentiel, voient leur existence menacée, faute de financement de leur rénovation par l’État. Le gouvernement avait promis de consacrer trois milliards par an à la régénération du réseau, mais ce fonds de concours a disparu, alors que de nombreuses lignes sont complètement vétustes.

De nombreuses coupes sont aussi prévues dans des secteurs comme l’informatique ou les bâtiments. Et, partout, les directions locales préparent de mauvais coups concernant les roulements et les conditions de travail.

Pas plus que les usagers, les cheminots n’ont à accepter que leurs conditions de vie et de transport passent à la trappe sous prétexte de déficit.

La bourgeoisie et son système sont incapables de maintenir une infrastructure vitale à l’économie et la vie quotidienne ? Eh bien, qu’ils laissent la place. Les travailleurs du rail et les usagers sauront parfaitement définir les besoins de transport collectif et y répondre.

Christian BERNAC