Guyane : épidémie et sous-développement

01 Juillet 2020

La situation précaire d’une grande partie de la population, l’incurie du système de santé et des décisions inadaptées à l’évolution du virus créent une situation dramatique en Guyane.

Le Covid-19 a d’abord atteint les régions proches de la frontière avec le Brésil, à Saint-Georges de l’Oyapock, qui sont régulièrement traversées en pirogue tant par des Brésiliens que par des Guyanais, qui habitent d’un côté et travaillent de l’autre. Fin juin, 3 774 cas avaient déjà été détectés, 139 personnes étaient hospitalisées, dont 19 en réanimation, huit malades avaient été envoyés en réanimation en Martinique ou en Guadeloupe et quinze étaient décédés. La maladie s’était atténuée dans la première zone très touchée, mais avait eu le temps de se propager.

Maintenant, les malades les plus nombreux sont dans l’île de Cayenne. L’hôpital de campagne annoncé pour Saint-Georges a fini par arriver... à Cayenne, mais sans laboratoire ni réanimation. La maladie est encore plus dramatique dans les nombreux quartiers qui sont des sortes de bidonvilles abandonnés, sans électricité, sans eau, sans lycée. Les relations de la population avec les autorités, préfet, responsable de l’ARS, se résument pour beaucoup à de la méfiance. Les masques sont arrivés et sont même distribués gratuitement dans certains quartiers, mais après une longue attente. Les tests annoncés, avec la promesse d’en fournir 900 par jour, ne sont pas faits aux dates prévues, par manque de réactifs au laboratoire de Kourou. Le nombre de lits de réanimation a été longtemps insuffisant, des malades ont dû être déplacés. Les effectifs de soignants sont insuffisants. Il est fait appel à des soutiens, des bénévoles de Guyane ou d’ailleurs.

Des malades sont aussi acheminés vers la Martinique et la Guadeloupe. Des médecins cubains sont arrivés dernièrement en Martinique ; une décision bien difficile à comprendre, car l’épidémie y est limitée et sous contrôle, et ils auraient été bien plus utiles en Guyane.

Face à la situation sanitaire déplorable, la population s’est organisée dans les quartiers pour obtenir des soins, des associations se sont constituées pour revendiquer auprès des responsables de la santé et de l’État, pour exiger des masques, des tests, des lits d’hôpital et plus de transparence dans les informations.

Dans ces conditions, on comprend le refus déclaré de certains de servir de cobayes pour un vaccin et un traitement, en Guyane comme à Mayotte.

Marie-Céline Deshauteurs