G5 Sahel : un sommet pour la galerie

01 Juillet 2020

Emmanuel Macron retrouvait mardi 30 juin à Nouakchott en Mauritanie les présidents des cinq pays du G5 Sahel. Il y a six mois, il les avait convoqués à Pau en les sommant d’affirmer qu’ils demandaient la présence des troupes françaises sur leur territoire. Cette fois, il s’agissait de dire que tout allait mieux et que la victoire serait désormais possible.

Le G5 Sahel est censé coordonner l’action du Mali, du Tchad, de la Mauritanie, du Niger et du Burkina contre les djihadistes, et notamment contre Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique). C’est une pure fiction, car la direction de toutes les opérations militaires au Sahel est en réalité entre les mains de l’armée française. Ses effectifs ont augmenté de 600 hommes après le sommet de Pau, et ses chefs affirment aujourd’hui que ce renfort a permis un tournant dans le conflit. Ils évoquent aussi, pour justifier leur optimisme, la neutralisation du chef d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel, tué le 3 juin dernier, et la guerre que se mènent différents groupes djihadistes.

Mais, sur le terrain, tout prouve le contraire. Les habitants des pays concernés vivent la peur au ventre et les centaines de milliers de déplacés qui campent dans des conditions précaires, loin de leurs villages et parfois de leur pays, n’envisagent pas de revenir chez eux. La corruption qui mine les sommets des États exaspère la population. Au Niger, trois anciens ministres de la Défense et des hommes d’affaires proches du pouvoir sont aujourd’hui accusés d’avoir détourné plus de 116 millions d’euros entre 2014 et 2019, sur des contrats de matériel militaire. Les exactions commises par les armées locales repoussent aussi une partie de la population dans les bras des djihadistes. Au Mali, l’ONU a recensé, entre janvier et mars, 101 exécutions perpétrées par l’armée nationale, auxquelles il faut en ajouter une trentaine d’autres commises par l’armée nigérienne sur le sol malien.

Au Mali, les manifestations et les émeutes se multiplient pour réclamer la démission du président Ibrahim Boubacar Keita, mis en place par la France. Elles sont un témoignage infiniment plus éloquent que les paroles des chefs militaires ou de Macron sur l’évolution de la situation. En soutenant ces régimes corrompus et sans pitié envers leur population, la France fait le lit des djihadistes, et ce ne sont pas quelques centaines d’hommes en plus affectés à son corps expéditionnaire Barkhane qui changeront cela.

Daniel MESCLA